Le journaliste Farid Alilat a publié un livre pour faire découvrir les vies du président déchu Abdelaziz Bouteflika. Poussé par la curiosité du métier, le journaliste algérien est allé fouiner dans la vie de l'ex-président pour en découvrir « plusieurs vies ». Des vies qu'il a relatées dans son "Bouteflika, l'histoire secrète", paru récemment chez les éditions du Rocher. 

"La vie de Bouteflika est un roman à rebondissements. C'est un homme qui a vécu plusieurs vies. Il a été ministre des Affaires étrangères pendant presque 17 ans, il a traversé 60 ans d'histoire contemporaine, il a été ancien maquisard, député, ministre… cet homme a connu huit chefs d'État français, de De Gaulle à Macron", explique Farid Alilat sur le plateau de la chaîne de télévision France 24.

"Bouteflika avait honte de parler de son père"

Le journaliste dit avoir été plusieurs fois à Oujda, car, pour cerner l'homme, il faudra d'abord connaitre son enfance. Farid Alilat découvre que Bouteflika était très attaché à sa mère. Celle -ci a pris la place de son père.  D'ailleurs, une fois adulte, il n'évoquait que rarement son père, affirme l'auteur du livre. "Tous les témoignages le confirment, il n'évoque presque jamais son père. Sauf à de très rares occasions. La mère a pris la place du père" a-t-il déclaré dans un entretien accordé au journal Le soir d'Algérie.

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« Bouteflika avait honte de parler de son père parce que ce dernier était un informateur de la France au Maroc. Il a même obtenu la légion d’honneur », a révélé Farid Alilat sur le plateau de France 24. Dès lors, estime le journaliste, il a fait de l'ex-président Houari Boumediene son père par défaut. Sur son lit d'hôpital à Moscou, en Russie, Boumediene, a confié encore Alilat, a dit à un de ses confidents qu'il était "pour lui (Bouteflika, ndlr) le père qu'il n'a pas eu".

Un ministre fainéant

Cela dit, Houari Boumediene n'avait pas vraiment confiance en Bouteflika. Certes, il lui a confié le poste de ministre des Affaires étrangères, mais il était uniquement ministre de façade. Selon Farid Alilat, Boumediene avait créé une diplomatie parallèle. A vrai dire, cette méfiance de Boumediene était dictée par le fait que son protégé était un fainéant, selon le journaliste.

«La lecture des dossiers ennuie Bouteflika et l’opposition de paraphe le fatigue »  révèle encore l'auteur, ajoutant que Bouteflika ne lit que les télégrammes diplomatiques. « Il n’a jamais consulté une note, témoigne Abdelaziz Rehabi, ancien ministre et ex-ambassadeur (…) Bouteflika préfère soliloquer sur le passé » souligne-t-il aussi.

Obsédé par le pouvoir

Le journaliste de Jeune Afrique précise également que Abdelaziz Boutelika était obsédé par le pouvoir. C'est d'ailleurs pour cela aussi que Boumediene se méfiait de lui. Conquérir le pouvoir et surtout le garder est l’obsession de la vie de Abdelaziz Bouteflika, estime Farid Alilat. « L’Algérie n’a connu qu’un seul grand homme : l’émir Abdelkader. Et moi je lui ressemble un peu », affirmera-t-il un jour au général Rachid Benyelles, qui rapporte cette anecdote à l’auteur du livre.

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Le journaliste révèle que le président déchu rêvait de devenir président depuis la guerre de libération nationale. "La scène se déroule dans un maquis de l’ouest algérien en novembre 1958, quatre ans après le début de la guerre de libération lancée par le Font de libération national (FLN). « Si jamais nous en sortons vivants, que ferez-vous après l’indépendance ? », demande Abdelaziz Bouteflika à trois de ses compagnons. Le premier souhaite poursuivre ses études de chimie, le deuxième se lancer dans les affaires, le troisième envisage une carrière militaire. « Et toi, Abdelaziz ? »lui demande l’un d’eux. « Moi ? Président de la République ! », répond-il sans hésiter. Abdelaziz Bouteflika a 21 ans… et une ambition dévorante", raconte Farid Alilat.

La traversée du désert

En 1978, après la mort de son protecteur, il se voyait comme successeur. D'ailleurs, il a failli l'être, sans l'intervention de l'armée qui l'a éjecté à la dernière minute pour placer Chadli Bendjedid. Début de la traversée du désert pour le futur raïs. Une traversée qui durera jusqu'en 1999, et son retour par la grande porte aux affaires du pays, grâce aux militaires qui l'ont écarté un jour.

En fait, Bouteflika a été sollicité, rapporte encore Farid Alilat, par l'armée pour prendre les destinées de l'Algérie en 1993. Les deux parties allaient conclure, mais Bouteflika, rusé qu'il est, a préféré prendre son mal en patience, jugeant que la situation ne s'y prêtait pas. En 1999, l'Algérie commençait à retrouver son calme et renouer avec la sécurité. Et Bouteflika finira par réaliser son rêve. Il deviendra président de la République. Il le restera pendant vingt années et il aurait pu finir sa vie sur le trône, mais le Hirak est passé par là.