Alors que les procès et le jugement de nombreux hommes d’affaires et de personnalités politiques, impliqués dans de gros dossiers de corruption, se succèdent, les noms de l’ancien président déchu, Abdelaziz Bouteflika, et de son frère Saïd reviennent chaque fois dans les tribunaux. En effet, toutes les affaires mènent à l’ancien président et son frère, conseillé à la présidence à l’époque de leur règne, sans que ces derniers soient convoqués par la justice. Cette situation d’impunité du plus haut responsable de l’Etat à l’époque des faits pousse les observateurs à se poser des questions sur « la protection dont il bénéficie ».

Ainsi, depuis le début de la campagne de lutte contre la corruption, lancée l’année passée, les hommes d’affaires auditionnés ont tous révélé avoir agi sur les ordres de Saïd Bouteflika. Quant aux ex-chefs de gouvernement et autres anciens ministres, ils ont avoué que leurs actions étaient politiques et que tout ce qui avait été décidé avait été fait soit avec l’aval de l’ancien président, soit sous ses ordres.

Deux anciens Premiers ministres enfoncent Bouteflika

A titre indicatif, l’ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia a rejeté, mardi 23 juin devant le tribunal de Sidi M’hamed, à Alger, les accusations de corruption. Il affirme que « tous les projets de gré à gré ont été accordés avec l’approbation du gouvernement », sous la tutelle de l’ancien président. Il soutient que, concernant le projet de l’autoroute Est-Ouest, ce n’est pas lui qui a donné le projet par gré à gré.

Ouyahia a souligné qu’il tenait l’ancien président de la République, Abdelaziz Bouteflika, quotidiennement au courant de tout ce qui se passait. Il soutient que « c’est l’ancien président Bouteflika qui a demandé la prise en charge rapide des projets en attendant de régulariser leur situation plus tard ».

Dans le même procès, un autre ancien Premier ministre, en l’occurrence Abdelmalek Sellal, a également nié les faits retenus contre lui. Il a expliqué qu’il était chargé de l’application du programme politique du président de la République de l’époque. Sellal a, ainsi, rejeté sa responsabilité dans la dilapidation de biens, en affirmant que « le Premier ministre est un ordonnateur et non pas un exécuteur du projet. Il n’est pas de ses prérogatives de réaliser ou signer pour des projet ».

Ces deux exemples révèlent la complexité de ces affaires de corruption mais aussi la responsabilité politique de l’ancien président dans la gestion des affaires.

La justice reste sourde devant les appels au jugement de l’ex-président

Plusieurs personnalités, activiste et militants politiques appellent au jugement de Bouteflika. L’avocat Farouk Kesentini avait déclaré : “Pour moi, il est temps de passer à un autre stade dans la détermination des responsabilités dans la crise au risque de la voir durer et se radicaliser. Aujourd’hui, les interrogations sont légitimes sur l’immunité accordée à Bouteflika depuis une année et son non jugement pour sa responsabilité directe dans la crise du fait de la délégation de ses pouvoirs constitutionnels à son aventurier de frère et la couverture politique qu’il a accordée à la corruption et à l’impunité”.

Cette impunité inexpliquée laisse penser que l’ancien président est protégé. Ces zones d’ombre trouveront peut-être des réponses dans le deal qui a amené à sa démission. Bouteflika a-t-il eu des garanties de ne pas être inquiété en contrepartie de sa démission ?

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