L'Algérie et le Maroc, pays voisins partageant des langues, et une culture et histoire communes, entretiennent pourtant des relations conflictuelles depuis maintenant plus d'un demi-siècle. Essayons donc de comprendre, à travers quelques événements clés, les raisons de cette rivalité entre les deux pays nord-africains.

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Depuis son indépendance en 1956, le Maroc réclame les régions frontalières de Tindouf et Bechar, dans le cadre du projet du « Grand Maroc ». Ce projet, porté par le parti de l'Istiqlal, avait pour objectif de restaurer la souveraineté du royaume sur les régions qu'il contrôlait avant la colonisation. Le roi du Maroc Mohammed V parviendra d'ailleurs, en 1961, à un accord avec le président du GPRA, Ferhat Abbas, stipulant la renégociation du tracé frontalier après l'indépendance de l'Algérie. Néanmoins, cet accord ne connaîtra pas de suite après la prise de pouvoir de Ben Bella et l'éloignement de Ferhat Abbas, en 1962.

Guerre des Sables

Suite au refus des dirigeants algériens de respecter l'accord signé par le GPRA en 1961, les relations avec le Maroc connaissent une escalade qui aboutira, en septembre 1963, au déclenchement de la Guerre des Sables. Ce conflit, ayant opposé les armées des deux pays, prendra fin avec la signature d'un cessez-le-feu définitif, le 20 février 1964. Les frontières resteront inchangées et cet événement renforcera le sentiment de méfiance entre l'Algérie et le Maroc.

Sahara occidental

Quelques années après la fin de la Guerre des Sables, des troupes algériennes et marocaines s'affronteront à nouveau lors de la première bataille d'Amgala. Cette bataille a eu lieu du 27 au 29 janvier 1976 dans l'oasis d'Amgala, au Sahara occidental, territoire que le Maroc occupe depuis 1975. Le dossier du Sahara occidental est d'ailleurs l'une des principales raisons de la rivalité entre les deux pays. L'Algérie soutient le Front Polisario, organisation politique et militaire revendiquant l'indépendance de ce territoire contesté, et que le Maroc considère comme une organisation terroriste.

Le royaume chérifien considère également son voisin de l'est comme partie prenante de ce conflit et exige sa présence comme préalable à toute négociation, en vue de régler définitivement ce dossier. Une exigence à laquelle l'Algérie a toujours refusé de répondre favorablement, car considérant le dossier du Sahara occidental comme un conflit impliquant exclusivement le Maroc et le Sahara occidental.

Attentat de Marrakech et fermeture des frontières

En sus des soucis frontaliers et du dossier du Sahara occidental, un autre événement a contribué à ternir les relations entre les deux pays. En 1994, le Maroc est touché par un attentat terroriste dans un hôtel de la ville touristique de Marrakech. Les autorités marocaines, accusant les services secrets de leur voisin d'être impliqués dans cet attentat, décident du renvoi de tous les ressortissants algériens sans carte de séjour du territoire du royaume.

L'Algérie réplique par la fermeture des frontières terrestres et les deux pays s'imposent des visas d'entrée sur leurs territoires respectifs. La frontière terrestre entre les deux pays est d'ailleurs toujours fermée, malgré la levée des visas en 2004 par le Maroc, puis en 2005 par l'Algérie.

De nos jours

Aujourd'hui, des périodes de crise subsistent toujours dans les relations entre les deux pays. L'un des événements les plus récents a été une crise provoquée par des déclarations du consul du Maroc à Oran. Le diplomate avait qualifié l'Algérie de « pays ennemi » lors d'une rencontre avec des ressortissants marocains. Ces déclarations ont provoqué une vive crise diplomatique qui s'est soldée par le départ du consul marocain incriminé. Plus récemment, le président Abdelmadjid Tebboune est revenu sur le sujet lors d'une interview avec la chaîne France 24.

« L'Algérie n'a aucun problème avec les Marocains, mais il semble que ce sont les frères marocains qui ont un problème avec nous », avait-il déclaré. Alors l'Algérie et le Maroc ont-ils commencé à emprunter la voie de l'apaisement ? Ou ne s'agit-il que d'une accalmie passagère dans le conflit qui les oppose depuis plus d'un demi-siècle ?