La condamnation du journaliste Khaled Drareni ce lundi 10 août à trois ans de prison ferme par le tribunal de Sidi M’hamed à Alger a suscité moult réactions entre indignation, colère et incompréhension de la part des journalistes, hommes politiques, organisations et avocats.

Ainsi, Amnesty France qualifie le verdict "scandaleux". L'Organisation de défense des droits de l'Homme, plus précisément sa branche française, appelle à la libération de Khaled Drareni ainsi que tous les prisonniers d'opinion en Algérie.

Cette condamnation a également été dénoncée et qualifiée de « persécution judiciaire » par le secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF). Christophe Deloire estime dans un tweet que « cette décision soulève le cœur et l’esprit par son caractère arbitraire, absurde et violent ». « Il s’agit clairement d’une persécution judiciaire contre un journaliste qui est l’honneur de son pays » ajoute-t-il. RSF qui dénonce la condamnation de son correspondant en Algérie affirme qu' « une justice aux ordres vient de faire de Khaled Drareni un symbole qui va susciter une indignation et une mobilisation mondiales ».

Les avocats s'insurgent

Quant à l'avocate Me Zoubida Assoul, elle dénonce l'« acharnement » de la justice contre le journaliste. « On est sous le choc. Dans le pire des cas, on s’attendait à une requalification, parce que la loi interdit de donner plusieurs qualificatifs à un seul fait. Ensuite, étant journaliste, Khaled Drareni n’a commis aucune infraction. Il n’a fait que son métier de journaliste en couvrant les manifestations pacifiques. Il l’a dit pendant l’audience, il couvrait même les manifestations qui appelaient aux élections. C’est un acharnement particulièrement contre Khaled Drareni » ajoute l'avocate du collectif de défense de Khaled Drareni.

De son côté, Me l'avocat Noureddine Benissad, un autre membre du collectif de défense du journaliste a affirmé que "les accusations étaient infondées ". Le président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (LADDH), déclare : "Nous allons évidemment faire appel de ce jugement très sévère. Les poursuites étaient infondées aussi bien pour Hamitouche, Benlarbi que pour Drareni. Pour les deux premiers, leur seul tort est d’avoir été présents à une manifestation parmi des milliers de personnes. Drareni n’a fait que couvrir la manifestation en tant que journaliste ».

Il ajoute : « Le concept d’attroupement est mis en avant pour ne pas leur reprocher le droit de manifester et l’atteinte à l’intégrité du territoire national est une infraction politique, d’ailleurs contraire au principe constitutionnel de légalité qui consiste à définir une infraction d’une manière précise pour éviter toute interprétation élastique et abusive. Pour Drareni, on ne lui a pas appliqué la loi organique sur l’information car tous les faits qu’on lui reproche sont régis par cette dernière qui, au demeurant, le protège et ne prévoit aucune sanction pénale. On a contourné la loi sur l’information pour lui appliquer le code pénal. Nous continuerons nos plaidoyers jusqu’à sa libération ».

Le RCD dénonce "la répression politique "

Par ailleurs , les partis politiques n'ont pas réagi à cette condamnation pour l'instant, hormis le RCD qui, par la voix de son président Mohcine Belabbas, dénonce "la répression politique par l’instrumentalisation de la justice et des magistrats (qui) a atteint le summum de l’intolérable et de l’entendement avec la condamnation du journaliste Khaled Drareni à trois années de prison ferme pour des accusations farfelues ».

Le président du RCD estime qu'« au-delà des personnes injustement emprisonnées et privées de leurs libertés, ce sont les valeurs et les causes qu’ils défendent que ce pouvoir cible en priorité. Rien que pour tout cela, la révolution entamée en février 2019 doit être menée à son bout. Il y va de l’avenir de l’Algérie ».

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