Les révélations fracassantes de l’ex-Premier ministre, Ahmed Ouyahia, samedi 9 janvier, sur les cadeaux qu’il avait reçus en contrepartie d’autorisations de chasse dans le désert algérien soulèvent plus de questions qu’elles n’apportent de réponses. En effet, ces révélations inattendues ouvrent la boîte de Pandore pour situer les responsabilités sur le braconnage des richesses de la faune algérienne dans le désert par les émirs du golfe.

Ces lingots auraient été offerts comme cadeaux à la présidence de la République par des dirigeants d’États du golfe en visite en Algérie, en contrepartie d’autorisations de chasse. Ouyahia les a revendus sur le marché noir pour 350 millions de dinars. De graves déclarations qui révèlent les véritables fournisseurs du marché noir et aussi l’immunité dont bénéficiaient les émirs du golfe pour chasser des animaux censés être protégés.

Etant un haut responsable à l’époque des faits, Ahmed Ouyahia n’est cependant pas le seul à avoir autorisé le braconnage. Sur leur parcours, ces riches émirs étaient escortés par les services de sécurité et chassaient sur des territoires où les walis, chefs de daïras et autres responsables fermaient les yeux. Ces émirs chassaient la gazelle et l’outarde, alors que ces deux espèces sont protégées en Algérie.

Ces braconniers des monarchies du golfe venaient à bord d’avions-privés. Ils atterrissaient sur le territoire national et étaient escortés par des gendarmes, au vu et au su de tous les responsables sans que ces derniers réagissent. Ils organisaient des battues avec la bénédiction de la présidence. Cette dernière mettait les autorités locales, walis et chefs de groupement de la gendarmerie, au service de ces dignitaires.

Une chasse interdite par l’Etat algérien

Cette chasse bénie par les autorités et pourtant interdite par la loi algérienne. Le décret 83/509 relatif aux espèces animales non domestiques protégées a été promulgué le 20 août 1983 par le président Chadli Bendjedid, afin de protéger les « espèces animales non domestiques dont la préservation à l’état naturel et la multiplication sont d’intérêt national ». Le décret précise bien qu’il s’agit d’espèces jouant un rôle dans l’équilibre naturel, revêtant un intérêt scientifique et culturel particulier, mais qui sont menacées d’extinction. Une liste de 73 espèces a été dressée, dont évidemment la gazelle (dorcas) et l’outarde (houbara).

Les révélations de Ahmed Ouyahia ouvrent ainsi la voie pour situer les responsabilités dans ces massacres de la faune du désert. Reste à savoir si les autorités de « La nouvelle Algérie » vont ouvrir ce dossier afin de nommer les responsables et vérifier si cette impunité a pris fin avec le départ de Abdelaziz Bouteflika. Une chose pas évidente au vu des accointances qu’avait l’ancien chef d’état-major de l’armée, Ahmed Gaïd Salah, avec les monarchies du golfe, notamment les Emirats arabes unis.

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