Les services du Premier ministère ont rendu public, jeudi 18 février, le bilan annuel du gouvernement. Au même moment, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a annoncé un remaniement ministériel dans les prochaines 48 heures. Dans un contexte socio-politique et économique tumultueux, aggravé par la crise sanitaire, les Algériens se demandent si le prochain gouvernement sera capable de résoudre les multiples problèmes qu’il héritera de la gestion de Djerad.  

Une chose est certaine : la prochaine formation de l’exécutif va hériter du lourd fardeau des échecs répétitifs du gouvernement Djerad. Elle aura donc pour mission de revoir la politique générale du gouvernement et trouver rapidement des solutions aux problèmes politiques et économiques auxquels fait face l’Algérie. Cependant, de nombreux observateurs estiment que le prochain remaniement ministériel n’apportera pas de réformes profondes, sachant que la contestation populaire réclame un changement radical du système.

Dès ses premières heures, le prochain gouvernement fera face au Hirak

En effet, le mouvement populaire (Hirak), initié le 22 février 2019, a tracé son objectif : le changement pacifique et démocratique du système en place. Plusieurs publications sur les réseaux sociaux appellent les Algériens à réinvestir la rue à l’occasion du deuxième anniversaire du mouvement, puisque « les revendications du Hirak n’ont pas été satisfaites ». Le nouveau gouvernement peut être confronté, dès son installation, à une protestation populaire grandissante. Notons que le Hirak a été suspendu en mars dernier en raison de la pandémie de coronavirus.

Selon les activistes du Hirak, le remaniement ministériel ne répondra pas aux revendications politiques des Algériens. Ils rappellent, à cet égard, que si la population a investi la rue, c'est  dans le but de provoquer le départ d’un système en place depuis plusieurs années. Pour certains de ces activistes, le remaniement ministériel est « un non-évènement » et la rue continuera sa protestation revendicative jusqu’à l’aboutissement d’une transition démocratique.

Rappelons qu’à l’approche du deuxième anniversaire du déclenchement du mouvement populaire, des membres du gouvernement multiplient les déclarations. La dernière en date est celle du ministre de la Communication, Ammar Belhimer, qui s’est attaqué au Hirak, en déclarant que le mouvement « original » avait été « parasité ».

Le nouveau gouvernement saura-t-il gérer la question des libertés en Algérie ?

Un point crucial attend la nouvelle formation de l’exécutif : la question des libertés en Algérie. Depuis un peu plus d’un an, toutes sortes de libertés, notamment d'expression, sont bafouées en Algérie. Preuve en est, beaucoup de journalistes et d'activistes du mouvement populaire ont été arrêtés et condamnés à différentes peines de prison, pour avoir exercé leur droit constitutionnel.

Le grâce présidentielle annoncée, jeudi soir, par le chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune, en faveur d'une cinquantaine de détenus d'opinion dénote l'année sombre qu'aura été 2020 et même 2019 pour les libertés d'expression en Algérie.

Plusieurs organisations des droits de l’Homme ont longtemps déploré et dénoncé l'altération du climat des libertés en Algérie. Il y a deux jours, l'une d'elles, à savoir la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LADDH), a tiré la sonnette d’alarme à la lumière des derniers témoignages de détenus d'opinion. La torture et les agressions sexuelles que dit avoir subies le jeune étudiant Walid Nekkiche par des agents de sécurité est la goutte qui a fait déborder le vase. En plus des détentions abusives et des différents sévices infligés aux détenus, plusieurs sites d'informations aussi bien algériens qu'étrangers subissent la censure en Algérie.

A la lumière de tous ces constats, il y a lieu de se demander comment va le nouveau gouvernement gérer cette crise des libertés. Va-t-il répondre aux appels des organisation de défense des droits de l'Homme ? Ouvrira-t-il le champ médiatique ? Continuera-t-il dans la même politique et les mêmes pratiques que le gouvernement sur le départ ?

La crise sanitaire, un défi pour le nouveau gouvernement

Par ailleurs, la crise sanitaire de coronavirus représente un défi majeur pour le prochain gouvernement, qui aura, sans doute, pour mission d'achever le projet de vacciner 70% de la population pour briser la chaîne de transmission du virus. Cependant, sa mission s’avère un peu plus compliquée qu’il n'y paraît, puisqu’il héritera d’un système de santé totalement obsolète et d’une gestion de crise sévèrement critiquée par les spécialistes de la santé.

La question de la réouverture des frontières sera également au cœur des débats. Rappelons que le docteur Bekkat Berkani, membre du Comité scientifique de suivi de la pandémie, avait déclaré que la réouverture des frontières était « une décision politique ». Le nouveau gouvernement fera face, en outre, à la pression des Algériens bloqués à l'étranger et désireux de regagner le pays.

La nouvelle formation politique sera-t-elle capable de mieux gérer la crise sanitaire que le gouvernement Djerad ? Tant de préoccupations exprimées par les spécialistes de santé en Algérie. Ces derniers mettent en garde contre une recrudescence de la Covid-19 et appellent les autorités du pays à revoir et à moderniser le système de santé. La gestion de la crise sanitaire sera donc un des plus importants dossiers sur le bureau du chef de l’exécutif.

Le gouvernement Djerad laissera derrière lui une crise économique difficilement surmontable

Le nouveau gouvernement fera face, par ailleurs, à une sérieuse crise économique. Une économie toujours basée sur les hydrocarbures, puisque le gouvernement Djerad, malgré ses promesses, n’a pas pu affranchir l'Algérie de sa dépendance à l'exploitation du gaz et du pétrole. Une crise économique apparue essentiellement après la chute des prix du pétrole, car l’Algérie n’a pas su « tirer profit des années fastes de la rente et des réserves en devises ».

Ainsi, les nouveaux membres de l’exécutif auront plusieurs dossiers à traiter pour résoudre les problèmes du secteur. Les principales préoccupations seront de créer de nouveaux emplois et de nouveaux investissements pour relancer l'activité économique. En somme, il s'agira de remettre en marche tout un secteur en berne en encourageant l'investissement, ce qui, bien entendu, ne saurait se faire sans réelle volonté politique.

En définitive, le nouveau gouvernement, qui prendra ses fonctions dans les prochaines heures, aura sur la table des écueils compliqués à solutionner. Il devrait, d'une part, s'employer à trouver des solutions aux différents échecs du gouvernement précédent et, d'autre part, affronter des revendications radicales d'un front social en ébullition.

Lire aussi : Remaniement ministériel imminent en Algérie : Ce que l’on sait