Prévue dimanche à Paris, la grande marche populaire de la diaspora algérienne en France à l'occasion du deuxième anniversaire du Hirak a été interdite par la police française. Des milliers de personnes se sont contentées d’une manifestation statique, en raison d’un arrêté du préfet de police, Didier Lallement, qui a interdit au cortège de prendre son chemin.

La marche du deuxième anniversaire du Hirak était pourtant autorisée par les autorités françaises au départ, il y a deux semaines. Mais, vendredi, le préfet de police de Paris, Didier Lallement, a annoncé l’annulation de cette autorisation. Malgré les protestations et les recours juridiques des organisateurs, l’interdiction n’a pas été levée. Le préfet de police a donné son aval pour un rassemblement statique au niveau de la place de la République.

Selon le quotidien francophone El Watan, qui dispose d’une copie de la décision en question, l’interdiction serait motivée essentiellement par deux considérations. La première serait liée au « contexte électoral tendu en Algérie », qui représente, selon l'arrêté, « des risques sérieux de troubles à l’ordre public, sur le parcours des manifestations sus-visées, en particulier à hauteur du consulat général d’Algérie ». En deuxième lieu, le document préfectoral motive sa décision par le « contexte de menace terroriste particulièrement aiguë qui sollicite toujours, à un niveau élevé, les forces de sécurité intérieure pour garantir la protection des personnes et des biens contre les risques d’attentat, dans le cadre du plan Vigipirate ».

La décision préfectorale d’interdire la grande marche populaire de la diaspora algérienne en France a suscité l’incompréhension et la frustration chez la majorité des militants, qui se préparaient, depuis plusieurs jours et des semaines, à célébrer comme il se doit le deuxième anniversaire du Hirak.

Un cadeau d'Emmanuel Macron à Tebboune ?

L'avocat Ahcène Taleb, qui a introduit un recours au tribunal administratif de Paris, au nom des membres de la Coordination de l'Intercollectif des Algériens d'Île-de-France, contre l’arrêté du Préfet de police de Paris, souligne que « politiquement, il est important de prendre conscience que c'est la première fois que le gouvernement français interdit une manifestation du Hirak à Paris, certainement à l'initiative du gouvernement algérien, qui entend manifestement neutraliser le Hirak en France, après l'avoir sévèrement réprimé en Algérie ».

Certains militants voient dans cette interdiction un cadeau du président français, Emmanuel Macron, au chef de l'Etat Abdelmadjid Tebboune. Pour rappel, Macron a annoncé, dimanche son soutien aux réformes du chef de l’Etat algérien. Dans un communiqué publié sur le site de l’Elysée, la présidence française a fait savoir que lors de l’entretien téléphonique, « le Président de la République lui a fait part de son soutien à la mise œuvre des réformes en cours ». Ajoutant que les deux chefs d’Etat « sont convenus de renforcer les échanges et la coopération entre la France et l’Algérie ».

Cette information a provoqué la polémique en Algérie, où les citoyens ont toujours dénoncé le soutien de la France au pouvoir algérien.