L’historien français Gilles Manceron estime que le libre accès aux archives de la colonisation française en Algérie risque d'être « entravé » par une mesure prise par le président français, Emmanuel Macron. Celle-ci consiste à entreprendre un « travail législatif par et avec des experts de tous les ministères concernés ». L’historien qualifie cette démarche d'« inquiétante ».

Dans un entretien paru ce dimanche dans le quotidien francophone El Watan, l’historien français estime que « la déclassification au carton » des archives de la colonisation « ne change pas grand-chose et continuera à entraver les recherches ». Il explique que cette mesure maintient « cette obligation d'un processus de déclassification, qui revient le plus souvent à donner le dernier mot à l'armée française pour décider aujourd'hui si tel ou tel document de l'époque peut être consulté ».

Gilles Manceron précise que ce « travail législatif à mener par le gouvernement (français) pour renforcer la communicabilité des pièces, sans compromettre la sécurité et la défense nationales », peut s’avérer problématique. Car, explique-t-il, « il y a des institutions administratives au sein de l'Etat et des groupes nostalgiques de la colonisation au sein de l'armée aujourd'hui qui "désapprouvent" les annonces du président français sur la nécessité de dire la vérité sur le passé colonial de la France et qui cherchent à empêcher la mise en œuvre de ces annonces ».

La démarche d’Emmanuel Macron peut, selon Gilles Manceron, « déboucher sur la révision de la loi en vigueur sur les archives dans le sens d'une fermeture accrue ». Par ailleurs, l’historien français souligne que le libre accès à ces documents est « indispensable » pour l'écriture de l'histoire des « pratiques qui ont été mises en œuvre par l'armée et l'administration coloniale » en Algérie.

Pour rappel, Abdelmadjid Chikhi, conseiller auprès de la présidence de la République, chargé des archives et de la mémoire nationales, avait applaudi, mercredi, la décision d’Emmanuel Macron de faciliter l’accès aux archives liées au colonialisme français en Algérie. Il avait souligné qu’il ne s’agissait là que d’une première étape dans le déclassement de ces archives, estimant qu’« il y a beaucoup à faire ». « Les archivistes français vont se pencher sur pas mal de dossiers. J’espère que ce sera positif pour l’écriture de l’histoire », avait-il ajouté.