Des dizaines d'universitaires, intellectuels, journalistes, militants politiques et syndicalistes ont signé un appel en direction de tous les Algériens concernés par le sort du mouvement de contestation populaire (Hirak). Un appel au pouvoir, aux forces politiques en Algérie et dans le monde pour empêcher les provocations contre le combat pacifique du peuple algérien. 

« Après avoir volontairement suspendu pendant un an ses marches pour protéger les populations contre l’épidémie de coronavirus, le peuple algérien a repris, avec des mobilisations pacifiques massives sur l’ensemble du territoire national et à l’étranger, son combat pour mettre fin à l’emprise du commandement militaire sur la vie politique, économique et sociale et construire un Etat de droit civil et démocratique », annoncent d'emblée les signataires, dont Mohamed Harbi, Addi Lahouari, Ramdane Achab, Hakim Addad, Akram Belkaïd, Madjid Bencheikh et Ahmed Djeddaï.

Ces mêmes signataires regrettent que les décideurs ne répondent pas favorablement aux revendications populaires. Ils estiment, par contre, que les dirigeants algériens « restent préoccupés par la seule sauvegarde de leur pouvoir et de leurs intérêts avec leur programme habituel d’institutions qu’ils contrôlent et d’élections manipulées ».

Des cercles du pouvoir prennent peur

« La reprise des marches populaires pacifiques semble avoir surpris de nombreux cercles du pouvoir qui prennent peur et s’adonnent à des improvisations politiques, des manœuvres de récupération et à des provocations par lesquelles ils croient pouvoir déstabiliser le Hirak et semer la division entre les forces qui le soutiennent en agitant les spectres de l’islamisme, du séparatisme et de la main de l’étranger », croient savoir les signataires qui semblent rejeter le débat violent en cours en ce moment entre les islamistes et les laïques.

Le projet de loi sur la déchéance de la nationalité, les arrestations arbitraires, le recours impuni à la torture et aux mauvais traitements « attestent de cette irresponsable fuite en avant des autorités algériennes », affirment les rédacteurs de l'appel en question. Entre autres provocations, ils citent le passage à tabac de journalistes, l'intimidation des femmes, l'introduction de groupes de manifestants pour susciter la tension lors des marches populaires, pour dénoncer des « politiques aventureuses ».

Halte aux mesures mettant en danger la stabilité de l'Algérie

A partir de là, ils interpellent les gouvernants « pour mettre fin rapidement à toutes les mesures qui mettent en danger la stabilité du pays et la sécurité des individus et des populations ». Ils demandent aussi à toutes les forces soutenant le Hirak de rester fidèles à « l’esprit d’ouverture démocratique, au pluralisme politique, à la diversité culturelle et sociale, qui caractérisent le combat pacifique en cours ».

Les auteurs de l'appel qui comptent de nombreux jeunes universitaires appellent également à « isoler effectivement les individus qui tentent de semer le trouble et la division lors des manifestations publiques pacifiques ». Tout en saluant la solidarité internationale qui se manifeste en faveur du peuple algérien en lutte, les signataires du texte appellent « toutes les forces éprises de paix et de liberté en Algérie et dans le monde à soutenir la lutte pacifique du peuple algérien pour un Etat démocratique ».

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