Les relations diplomatiques entre l’Algérie et la France n'ont jamais été un long fleuve tranquille, ayant toujours été entravées par un passé tumultueux. La France n'a jamais digéré son départ forcé de son ancienne colonie. L’Algérie, pour sa part, n'arrive pas à tourner la page d'une colonisation des plus violentes. Ces relations connaissent toujours des hauts et des bas.

Après des déclarations de « bonnes intentions » de la part de Macron et Tebboune, la brouille a refait surface. La visite annulée de Jean Castex est révélatrice d'un malaise qui se réinstalle entre les deux pays. Le Premier ministre français a justifié cette annulation par la crise sanitaire. Cependant, ce prétexte ne tient pas la route. Ce genre de visite est préparé beaucoup plus tôt et ne peut être annulé aussi facilement.

Ainsi, cette annulation est révélatrice d'un malaise plus profond. Les questions de la mémoire, de l'immigration clandestine ainsi que de la position française par rapport à la question du conflit au Sahara occidental sont des pistes à explorer pour expliquer ce froid qui se réinstalle. En effet, présentée par les proches du Premier ministre français comme un « geste d’amitié vis-à-vis de l’Algérie » qui s’inscrit dans « le réengagement de la relation voulue par les deux présidents dans un nouveau climat de confiance », cette visite annulée remet en cause le discours officiel.

Les explications (officieuses) données du côté algérien ne tiennent pas non plus la route. La taille de la délégation et la réduction de la durée de la visite ne peuvent justifier l'annulation d'une visite d'une aussi grande importance dans un contexte de crise sanitaire. Cette délégation, qui comprend le ministre des Affaires étrangères et celui de l’Économie et des Finances, soit deux poids lourds du gouvernement français, n'est tout de même pas insignifiante.

Quelles sont les véritables raisons de cette annulation ?

A défaut d'explications officielles crédibles, les observateurs vont de leurs propres spéculations et analyses. Certains affirment que cette annulation fait suite aux déclarations du ministre algérien du Travail qui a qualifié la France d'ennemi éternel. Cette explication ne tient pas non plus la route, sachant que ce genre de déclaration revient comme un leitmotiv de la part d'un courant politique qui doit son existence à la « haine de la France ».

Ainsi, pour expliquer l’annulation de la visite du Premier ministre français, les observateurs ont décortiqué les derniers événements politiques en France. Dans ce contexte, il faut signaler la décision du parti d’Emmanuel Macron (LREM) d’ouvrir une représentation à Dakhla, dans les territoires sahraouis occupés. Cette décision est perçue comme une « provocation » par Alger. Son annonce à la veille de la visite de Jean Castex est un véritable pavé dans la mare.

Conjuguée avec les déclarations de Le Drian, favorable au plan d’autonomie proposé par le Maroc pour la résolution de la question sahraouie, cette position de la France est considérée comme un geste hostile à l’Algérie. Ces enjeux internationaux et cette divergence sur des dossiers qui ne concernent pas directement les deux pays ont un impact sur la coopération entre l’Algérie et la France. Une coopération qui stagne depuis près de 3 ans et qui sanctionne les deux pays.

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