Le chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune, s'est une nouvelle fois exprimé sur les relations entre l’Algérie et la France. Il a affirmé, dans une lettre lue ce samedi 8 par le secrétaire général du ministère des Moudjahidine, qu'il fallait régler le dossier de la mémoire pour que les relations entre les deux pays soient bonnes. 

Ainsi, à l'occasion de la Journée de la mémoire, qui correspond au 8 mai, date des massacres commis par le colonisateur à Guelma, Sétif et Kherrata, en 1945, Abdelmadjid Tebboune est revenu sur les relations entre l’Algérie et la France. Le chef de l'Etat a affirmé : « Aujourd’hui, nous célébrons la Journée nationale de la mémoire. Il faut souligner que la qualité des relations avec la République française ne passera pas sans la prise en compte de l’histoire et le traitement des dossiers mémoriels, auxquels on ne peut en aucun cas renoncer quelles que soient les justifications ». Il a ajouté que « si regarder un avenir prometteur est considéré comme le maillon le plus important pour consolider et valoriser les liens des relations entre les nations, alors cet avenir doit avoir une base solide et exempte de toute impureté ».

Abdelmadjid Tebboune a également annoncé que plusieurs ateliers concernant le dossier de la mémoire étaient toujours ouverts. Il s'agit notamment de la récupération des crânes des révolutionnaires algériens, du dossier des disparus, celui des archives ainsi que l’indemnisation des victimes des essais nucléaires en Algérie.

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Il faut souligner que les relations entre l’Algérie et la France connaissent une période de froid ces derniers temps. La visite annulée de Jean Castex, il y a un mois, est révélatrice d’un malaise qui se réinstalle entre les deux pays. Le Premier ministre français a justifié cette annulation par la crise sanitaire. Cependant, ce prétexte ne tient pas la route. Ce genre de visite étant préparé beaucoup plus tôt et ne peut être annulé aussi facilement.

Froid diplomatique entre l’Algérie et la France

L'annulation de cette visite, suivie de plusieurs déclarations « peu diplomatiques » de certains ministres algériens, dénote un malaise plus profond. Les questions de la mémoire, de l’immigration clandestine ainsi que de la position française par rapport au conflit au Sahara occidental sont des pistes à explorer pour expliquer ce froid qui se réinstalle. En effet, présentée par les proches du Premier ministre français comme un « geste d’amitié vis-à-vis de l’Algérie » qui s’inscrit dans « le réengagement de la relation voulue par les deux présidents dans un nouveau climat de confiance », cette visite annulée remet en cause le discours officiel.

Pour expliquer l’annulation de la visite du Premier ministre français, les observateurs ont décortiqué les derniers événements politiques en France. Dans ce contexte, il faut signaler la décision du parti d’Emmanuel Macron (LREM) d’ouvrir une représentation à Dakhla, dans les territoires sahraouis occupés. Cette décision est perçue comme une « provocation » par Alger. Son annonce à la veille de la visite de Jean Castex a jeté un véritable pavé dans la mare.

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Conjuguée avec les déclarations de Le Drian, favorable au plan d’autonomie proposé par le Maroc pour la résolution de la question sahraouie, cette position de la France est considérée comme un geste hostile à l’Algérie. Ces enjeux internationaux et cette divergence sur des dossiers qui ne concernent pas directement les deux pays ont un impact sur la coopération entre l’Algérie et la France. Une coopération qui stagne depuis près de 3 ans et qui sanctionne les deux pays.

Depuis l'annulation de cette visite, beaucoup d'encre a coulé. Emmanuel Macron a même tenté d'apaiser les esprits et calmer le jeu, sans succès. Le statu quo est toujours de mise.

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