Aculé de tous les côtés dans l'affaire d'espionnage « Pegasus », le Maroc continue sa fuite en avant. En effet, le Royaume chérifien dément son implication et menace également de poursuites judiciaire les médias qui parlent de cette affaire.

Le Parquet général marocain a annoncé, le 21 juillet, l'ouverture d'une enquête judiciaire pour de « fausses allégations et accusations » contre le Maroc concernant le  recours au logiciel d'espionnage Pegasus. De son côté, le gouvernement marocain a indiqué vouloir engager des procédures judiciaires contre « toute partie reprenant à son compte ces allégations fallacieuses ».

Le Maroc nie la véracité du « Projet Pegasus » et menace

Le Maroc a ainsi choisi de passer à l'offensive dans une affaire où tous les éléments plaident en sa défaveur. Dans son communiqué, le parquet marocain estime que les informations de presse incluent « de graves accusations et allégations » qui « nuisent aux plus hauts intérêts du Royaume ». Il a décidé d'ouvrir une enquête dans l'objectif  « d'identifier les parties à l'origine de leur publication ».

Il faut dire que le Maroc se retrouve au centre d'un grand scandale d'espionnage. Le royaume est accusé d'avoir utiliser un logiciel israélien pour espionner des milliers de personnes – dont des journalistes, personnalités politiques et militants de différentes nationalités. La liste des cible comporte notamment des Marocains, des Algériens et des Français.

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Ce scandale a explosé suite à l'enquête menée par Forbidden Stories et ses partenaires. Ces révélations ont conduit la justice française à ouvrir une enquête. Quant au gouvernement marocain, il a accusé les médias « d'attaques haineuses » pour le traitement du dossier Pegasus. Il a affirmé que l'objectif poursuivi est de mettre Rabat « sous leur contrôle ». Le gouvernement a exigé des preuves matérielles permettant d'étayer les accusations à son encontre.

Pegasus : « Ce sont des faits extrêmement choquants »

Par ailleurs, la France n’a pas tardé à réagir aux accusations d’espionnage révélées par l’enquête menée par Forbidden Stories et ses partenaires. « Ce sont des faits extrêmement choquants qui, s’ils sont avérés, sont extrêmement graves », a déclaré le porte-parole du gouvernement français, Gabriel Attal, le 19 juillet sur Franceinfo après les révélations sur le « Projet Pegasus ».

Gabriel Attal a également rappelé que la France n’était « pas partie prenante de ce logiciel » et que ses « techniques de renseignement sont évidemment autorisées par la loi ». Le gouvernement est « extrêmement attaché à la liberté de la presse » et « c’est très grave d’avoir des techniques qui visent à nuire à la liberté des journalistes, leur liberté d’enquêter et d’informer », insiste-t-il.

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L'Algérie reste silencieuse sur l'affaire Pegasus

Alors que l'enquête a révélé que plus de 6000 numéros de téléphone d'algériens ont été potentiellement espionnées, les autorités algériennes n'ont pas réagi pour le moment. Il s'agit des téléphones portables de hauts responsables civils et militaires algériens, ainsi que plusieurs autres milliers de téléphones appartenant à des hommes politiques, des journalistes, des activistes et des avocats. Ceux-là ont été visés – infectés ou non – par les services de renseignements marocains grâce au logiciel espion israélien Pegasus entre 2017 et 2019. Des faits graves dans un contexte politique et diplomatique compliqué entre l'Algerie et le Maroc.