L'avancée des Talibans en Afghanistan se fait de manière très rapide. En moins de dix jours, la ville de Jalalbad, à l'Est du pays, s'est faite prendre avec aisance, après avoir pris Mazar Echarif, l'une des quatre plus grandes villes du pays. Aujourd'hui, les Talibans sont aux porte de Kaboul. Et l'État afghan leur sert la ville sans résistance.

Ce matin, le ministre de l'intérieur afghan, M. Mirzakwal, a déclaré que certains insurgés étaient déjà présents, assurant que « les Afghans ne doivent pas s'inquiéter […] Il n'y aura pas d'attaque sur la ville (de Kaboul). Et il y aura un transfert pacifique du pouvoir vers un gouvernement de transition ».

Selon un de leurs responsables à Doha, cité par l’agence de presse Reuters, les talibans ont intimé aux combattants d’éviter toute violence à Kaboul, de laisser passer les personnes qui veulent partir et de demander aux femmes de se mettre dans des endroits sûrs.

Arrivée des Talibans à Kaboul : Réactions à l'international

L'arrivée des talibans aux portes de Kaboul a fait réagir l'opinion internationale. Jeudi dernier, dans un communiqué, l'Union européenne a menacé les Talibans d'isolement s'ils venaient à prendre le pouvoir par la force. Le chef de la diplomatie de l'UE a déclaré, dans un communiqué, que « s'ils prennent le pouvoir par la force et rétablissent un émirat islamique, les talibans ne seront pas reconnus [diplomatiquement], ils subiront l'isolement, un manque de soutien international et la perspective d'un conflit continu et d'une instabilité prolongée en Afghanistan ».

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De son côté, le président des États-Unis d'Amérique, Joe Biden, même s'il se trouve à Camp David, a renforcé la présence militaire de 2000 soldats, ce qui fera un total de 5000 soldats, dans le but d'assurer l'évacuation du personnel américain resté sur place. Le président américain a également averti les Talibans de répondre de manière ferme et efficace en cas d'attaques des intérêts américains.

L'inquiétude des ressortissants étrangers à Kaboul

Ce matin, Victoria Fontan, française habitant à Kaboul, vice présidente de l'Université américaine d'Afghanistan, a déclaré à BFM TV que toutes les routes vers l'aéroport de Kaboul ont été fermées et qu'elle avait entendu quelques tirs « ici et là ».

Elle critique aussi le gouvernement Afghan qui, au lieu de défendre Kaboul, « a fermé toutes les routes », empêchant ainsi les ressortissants étrangers de rallier l'aéroport pour évacuer la ville. Victoria Fontan explique aussi que les Talibans sont arrivés dans Kaboul « sans aucune opposition ».

La vice présidente de l'Université est actuellement retranchée dans un campement en compagnie de plusieurs autres ressortissants étrangers, dont des membres de l'ambassade britannique, des Japonais, des Népalais et des Géorgiens.

D'après Victoria Fontan, les enseignants et responsables universitaires afghans sont sur des listes et leurs vies sont menacées. D'autant que l'université américaine d'Afghanistan offre un enseignement qui va à l'encontre des valeurs que prônent les Talibans. Mais la vice-présidente espère que malgré la destruction de l'université, malgré ce « retour en arrière », « la graine » qu'ils ont planté dans leurs étudiants va germer. D'après elle, les étudiants n'arrêteront « jamais de ce battre pour un Afghanistan en paix ».

En Afghanistan, les femmes juges ont peur pour leurs vies

Tayeba Parsa, une juge afghane, fait état de la peur et de l'inquiétude des femmes juges et des magistrats en général. Elle sent que le temps presse et craint d’être sur le point de tout perdre, peut-être même sa vie.

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À Radio Canada, elle explique : « Vous savez, quand les talibans prennent le pouvoir dans un secteur, une des premières choses qu’ils font est d’ouvrir les portes des prisons et de libérer leurs sympathisants, explique la juge Parsa d’une voix à la fois calme et fatiguée. Les femmes juges, nous sommes inquiètes, apeurées. Nous savons que les talibans visent en premier les militaires, puis le milieu judiciaire. Nous avons jugé et condamné certains d’entre eux. Ils veulent se venger. »

Il faut ajouter que les Talibans, qui refusent d'accorder le droit aux femmes d'exercer des postes de pouvoir ou à responsabilités, feront de ces femmes des cibles. Responsable des communications pour l’Association des femmes juges d’Afghanistan, Tayeba Parsa indique qu’il y a environ 250 femmes juges dans le pays et rappelle que deux femmes juges ont déjà été exécutées en janvier.

Elle est convaincue l’ensemble de leur communauté risque l'exécution si les talibans prennent le contrôle de la capitale afghane, où la majorité d’entre elles sont actuellement réfugiées.