Après les incendies criminels qui ont ravagé des millions d’hectares du manteau forestier et des milliers de vergers à travers 35 wilayas du pays, quelles solutions adopter pour récupérer ce qui a pu tenir face aux feux, mais aussi, comment se débarrasser des cadavres de bêtes, domestiques soient-elles ou sauvages ? 

Nettoyer les vergers et les forêts après les incendies

Selon les scientifiques à travers le monde, nettoyer une forêt qui a été calcinée serait une très mauvaise idée. Ce serait entraver le processus naturel de sa régénération. Couper les arbres calcinés après les incendies est une très mauvaise idée, selon eux. Il est préférable de couper les arbres calcinés arborant les routes et les sentiers, afin d’éviter d’éventuels accidents. Quant aux arbres au cœur des forêts et vergers, ils tomberont d’eux-mêmes, attirant ainsi des cortèges d’insectes qui, à leur tour, attireront les prédateurs chargés de graines et de semences dans leurs plumes et pelages.

Le lit de cendres se prêtera à accueillir des champignons qui se nourrissent du bois brûlé, aidant à former la couche supérieure du sol, l’humus, sur le moyen terme, à l’aide des petites averses de pluie. Cette couche est créée, entretenue et modifiée par la décomposition de la matière organique des animaux, des bactéries et des champignons. Dans plusieurs exemples à travers le monde, un an après la replantation des forêts, les gardes forestiers ont été surpris par la présence d’autres arbres qui n’ont pas fait partie du programme de plantation. En effet, le vent et les animaux transportent les graines.

La menace majeure après les incendies, c’est les inondations qui prendront place lors de la saison hivernale. S’il pleut abondamment, rien n’est plus là pour retenir la terre qui sera emportée par les eaux pluviales. Pas d’arbres, pas de végétations ; et donc pas de racines. Aussi, le taux de calcaire est très important dans un sol qui a subi un incendie aussi important. L’eau emportera tout sur son passage.

Il faut en effet planter quelques arbres après les premières pluies, pourvu qu’elles ne soient pas abondantes ou diluviennes.

Que faire des cadavres d’animaux qui ont péri dans les incendies ?

Sur les réseaux sociaux, images et vidéos d’animaux morts par asphyxie ou brûlures se relayent. Des images insupportables de cadavres d’animaux sauvages et domestiques partout où le feu est passé. Selon le volontaire Mohamed Atallah, qui a sillonné des villages à Tizi-Ouzou, comme les villages Ikhlidjen, Ath Yenni, Michelet, Azazga, Ath Yacoub et Irdjen, les fermiers souffrent des odeurs nauséabondes que dégagent les cadavres en putréfaction dans les écuries, mais aussi autour des villages.

Selon le M. Atallah, « dans le village d’Azazga, un fermier a perdu une partie de ses vaches laitières. Quelques-unes n’ont plus de pis et sont pleines. Nous avons pensé à les faire avorter, puisqu’elles ne pourront pas allaiter leurs petits veaux, une fois nés, mais nous y réfléchissons encore. Pour vu que nous puissions trouver des solutions autres que celle-ci ».

L’autre problème qu’a relevé le vétérinaire, c’est le tarissement du pis des vaches et brebis, ainsi que les chèvres, dû au traumatisme subi. Qu’elles soient pleines ou pas, les vaches qui ont gardé leur pis intact tarissent à cause du stress traumatique. Aussi, selon le Dr Hamid Djessas, le lait n’est produit que par les vaches alimentées par le fourrage : « il faut de la verdure pour avoir le lait ». Terrible constat lorsqu'on n'aperçoit que des cendres tout autour.

D’autres vétérinaires, à travers la Kabylie, comme le Dr Chabane Aït El Hadj, à Tizi-Ouzou, ont réussi à stocker des dons d’alimentation de bétail et médicaments qu’ils distribuent à travers les villages aux fermiers dont une partie du bétail a survécu aux feux. Ils assistent les fermiers et pansent les blessures des bêtes rescapées.

L’enfouissement des cadavres d'animaux est urgent, avant qu'ils ne deviennent un problème de santé publique

Concernant les cadavres des animaux, un appel a été lancé sur les réseaux sociaux sur la page « Sos environnement des wilayas incendiées en danger ». En plus de l’appel à l’aide pour venir nourrir et soigner les animaux rescapés des feux, les vétérinaires appellent aux dons de chaux vive et de prêts de tracteurs, pelleteuse et autres engins. « Il faut impérativement procéder à l’enfouissement des cadavres d’animaux avant la pluie, car les bactéries risquent de s’infiltrer dans le sol et donc dans les nappes phréatiques et les barrages d’eau. Cela entrainera la contamination des consommateurs qui se comptent par millions », a déclaré Atallah Mohamed.

Au téléphone, le Dr Noureddine Yata, l’inspecteur vétérinaire de la wilaya de Tizi-Ouzou, a confié que « l’enfouissement des cadavres relève de la responsabilité des bureaux d’hygiène de la commune. Avant ce procédé, il faut impérativement faire un recensement. Pour cela, nous avons triplé les équipes à Michelet, vu l’importance de sa superficie ».

« Cela a été entamé dès le lendemain du début des incendies. Des éleveurs refusent d’enterrer les cadavres de leurs bêtes, par peur de ne pas être recensés. Seulement, il y a aussi l’autre solution qui est de dénaturer les cadavres en les recouvrant de chaux vive. Une fois le recensement fait, la commune et éventuellement avec l’aide de bénévoles, procéderont à l’enfouissement en superposant cadavres et lits de chaux vive ».

L’inspecteur vétérinaire de ladite wilaya a précisé que l’opération du recensement est bien organisée, puisque les équipes sont constituées de garde forestier, vétérinaires et d’autres experts, ainsi que des psychologues qui vont à la rencontre des fermiers sinistrés. Les experts de la wilaya vont dans les zones touchées par les incendies où des expertises et des comptes rendus sont établis et remis à la subdivision de la Direction des Services agricoles (DSA) qui en fait une synthèse. Cette dernière est transmise à la Wilaya et au Ministère de l’Agriculture.

Il appelle les vétérinaires privés qui prêtent main forte à ne pas diffuser les images et vidéos des fermiers car « il est indécent de se faire de la publicité sur le malheur des autres ! ». « Pour le moment, nous prenons des captures d’images et téléchargeons les vidéos et réfléchissons à ester ces personnes en justice. Il est inadmissible de profiter de ce grand malheur qui frappe nos fermiers »

concernant l’alimentation du bétail, le Dr Yata a précisé que l’l’institut de technologie et moyen agricole spécialisé a dégagé deux salles qui font office de quartier général où les dons sont stockés, puis distribués aux vétérinaires et fermiers. « Par exemple, ce matin, nous attendons une caravane qui démarre de Chéraga. Elle conduit des équipes vétérinaires munies de mallettes de secours, ainsi que de dons dont 150 bottes de foin que nous distribuerons à travers les fermes de différents villages, dont celui de Ouacif ».

Indemnisation des fermiers

Le Premier ministre avait déclaré, lors de la visite ministérielle lors des incendies, que le gouvernement allait procéder au remboursement de toutes les pertes aux personnes sinistrées. Seulement, les dégâts sont vastes : Habitations, véhicules, bétails, arbres fruitiers, oliviers… Le processus est toujours à l’étude, pour aboutir à la décision de remplacer les pertes ou de dédommager les sinistrés en espèce.

La Kabylie, comme les 34 autres wilayas, n’a pas fini de subir les conséquences de ces incendies criminels. L’environnement, autre fois allié des habitants devient une réelle menace pour leur vie.