Chaque jour la liste des féminicides en Algérie s'allonge. En 2021, 55 actes de féminicide ont été recensés, sans parler de ceux qui ont été classés juste comme des faits divers. Depuis le début de cette année, on recense déjà 5 féminicides. Le bilan est lourd. Les victimes de ces meurtres sont de différentes catégories sociales et âges. Les associations féministes, les avocates et avocats ne cessent de tirer la sonnette d'alarme sur ce phénomène.

Âgée de 65 ans, une femme a succombé à ses blessures. Son mari l'a violemment frappée à la tête. À Oum El Bouagui, une activiste politique a été assassinée par son voisin, son corps a été brûlé puis enterré. Ces deux cas illustrent les violences que subissent les femmes en Algérie. Ces assassinats ont souvent été traités comme des faits divers au lieu de faits sociaux. Les bilans sont lourds, en 2020, il y a eu 54 féminicides. En 2019, il y a eu 75. Ce recensement a été établi par Wiame Awres et Narimane Mouaci Bahi, initiatrices de l’opération de veille des crimes de féminicides commis à travers le pays. Ils sont sans doute moins importants que les chiffres réels, du moment que plusieurs crimes n'ont pas été recensés, n’étant pas rendus publics.

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La gravité de la situation fait réagir les activistes de la société civile. Des actrices ont lancé une campagne pour appeler « à la prise de conscience et à la mobilisation générale pour que cesse cette violence ». Cependant, la situation est restée inchangée : des crimes sont périodiquement recensés sans qu’il y ait réellement une vraie prise en charge institutionnelle du phénomène. « Les féminicides continuent. Cela ne doit pas être banalisé. Cela doit interpeller tout un chacun et surtout les pouvoirs publics », avait estimé Saïd Salhi, vice-président de la Ligue algérienne des droits de l’homme (LADDH).

« La violence est complètement décomplexée dans notre pays »

Ces crimes sont souvent banalisés, certains médias tentent même de les justifier. Une tendance très visible sur les réseaux sociaux à chaque féminicide. La militante féministe Wiame Awres estime que « la violence est complètement décomplexée dans notre pays, la tolérance sociale et l’insuffisance de prise en charge judiciaire sont étroitement liées. Il est important de rappeler que la norme sociale qui veut que la femme pardonne à son conjoint lorsqu’il la violente a été instaurée en loi, où le pardon de la victime met fin aux poursuites pénales en cas de violences conjugales, ce qui est très grave. Ces normes sociales s’imbriquent dans les institutions, et les institutions renforcent les normes sociales avec des lois et des mesures de protection insuffisantes, voire inexistantes ». La militante ajoute que « certains médias contribuent aux violences faites aux femmes en créant du contenu qui banalise et encourage les féminicides. Nous devons redoubler d’efforts pour faire reculer ce genre de programmes néfastes à la société ».

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Pour combattre ce phénomène en Algérie, les féministes sont montées au front. Plate-forme d'écoute, numéro d'alerte sont mis à la disposition des victimes. Cependant, à elles seules, ces associations ne peuvent endiguer ce phénomène. L'implication de l'État, des médias et de toute la société est nécessaire pour en venir à but.