Le départ des médecins algériens à l'étranger, notamment en France, continue d'alimenter le débat. Le ministre de la Santé considère le phénomène normal et incombe la responsabilité aux médecins qui ne veulent pas partir à la retraite. Le président de la Fondation nationale pour la promotion de la santé et le développement de la recherche (FOREM) estime que ce n’est pas nécessairement une perte pour l'Algérie. De son côté, le président du Syndicat autonome des spécialistes de la Santé publique (SNPSSP) affirme que l'État est à même de réhabilité le médecin algérien si volonté politique il y a.

Quant aux véritables concernés, ils sont nombreux à expliquer cette fuite et aussi à répondre à ceux qui doutent de leur attachement à leur pays. C'est le cas d'un médecin originaire de Béjaïa, qui a tenu à battre en brèche les arguments selon lesquels les médecins ont bénéficié d'un enseignement gratuit.

Le médecin a rappelé son parcours en affirmant que ses études lui ont coûté cher. Il a mis en évidence sa prise en charge à la cité universitaire, l'achat du matériel et aussi toutes ses dépenses liées à la pédagogie pour finir sur les conditions d'exercice de son métier ainsi que le salaire dont la moitié part dans la location d'un studio dans la capitale Alger.

À lire aussi :  François Hollande appelle la France à relancer son partenariat avec l'Algérie, le Maroc et la Tunisie

Le Dr Rachid Chahed, spécialiste en pneumologie à Tizi-Ouzou, s'est exprimé sur ce phénomène dans le quotidien Liberté. « Le phénomène du départ des médecins à l’étranger est devenu un véritable fléau, et il ne faut pas se mentir, ceux qui restent ne le font pas de gaieté de cœur », affirme-t-il en ajoutant que les médecins qui exercent encore en Algérie  « restent par manque de moyens ou lorsqu’ils ont des obligations familiales. C’est une réalité amère, certes, mais c’est parce qu’il n’y a rien qui retient ces milliers de spécialistes ».

En Algérie, une refonte profonde du système de santé est urgente

Pour solutionner cet épineux problème, le Dr Chahed estime qu'« il faut une refonte profonde, sinon une autopsie, du système de santé moribond de notre pays. Notre système de santé est à l’agonie et il faut le révolutionner, car dans son état actuel, même si des milliards y ont été injectés, les conditions de travail et de vie des médecins sont déplorables ». Pour lui cette refonte profonde  “devient de plus en plus urgente à engager” afin de retenir les médecins.

Le Docteur Chahed alerte également sur les ambitions d'autres pays pour bénéficier des médecins algériens. Il révèle que « l'Allemagne est en train de recruter et sans passer par la case concours ». Il indique aussi que « les plus obstinés des médecins finissent par lâcher. Par désenchantement, ils peuvent rejoindre la cohorte des migrants du savoir. Avec beaucoup d’autres collègues et amis, nous avons consenti à nous sacrifier pour notre pays ».

À lire aussi :  François Hollande appelle la France à relancer son partenariat avec l'Algérie, le Maroc et la Tunisie

Le docteur s'interroge alors : « la question revient sans cesse : jusqu’à quand allons-nous continuer à faire des sacrifices, à nous battre pour le changement, pour améliorer les choses et surtout pour la prise en charge des malades ? ».

Concrètement il faut souligner que ce n'est pas évident de convaincre un médecin qui achève son cursus d'études de médecine générale à 27 ans, et qui perçoit un modique salaire de 50 000 dinars algériens, de résister aux appels de plus en plus alléchants que leur offre un départ à l’étranger.

Le Docteur Chahed explique aussi qu'« au-delà de la question des salaires, il y a surtout la question de la qualité de vie et des conditions de travail. Le médecin est constamment écrasé par l’administration. Pour preuve, il y a des médecins qui avaient une situation convenable, mais qui ont tout laissé tomber ici et sont partis à l’étranger ». « Il y en a beaucoup qui choisissent d’autres circuits et qui partent sans tambour ni trompette », ajoute-t-il.