« Idéalisée et mythifiée, la virginité est devenue un instrument coercitif destiné à garder les femmes à la maison et à justifier leur surveillance à tout moment. Bien plus qu’une question personnelle, elle fait l’objet d’anxiété collective », écrivait déjà en 2017 la journaliste franco-marocaine Leïla Slimani. Cette question reste toujours une obsession au Maroc et dans les pays de l'Afrique du Nord. C'est dans ce contexte qu'une ONG marocaine a publié un livret intitulé « Le macabre dictionnaire des tests de virginité ».

Ce livret a été publié par le Mouvement alternatif pour les libertés individuelles au Maroc (MALI). Les auteurs reviennent, en 37 pages, sur une quinzaine de mots et de concepts misogynes et violents, autour de la virginité des femmes. Cet ouvrage décortique la relation de la société marocaine avec la virginité et met en avant l’obsession sociétale de la sauvegarde de l'hymen, malgré de larges campagnes de sensibilisation. En effet, au Maroc, les tests de virginité sont encore légion.

Ce dictionnaire produit par l'ONG marocaine est une oeuvre illustrée qui dénonce une société patriarcale qui réduit la valeur d'une femme à sa virginité préservée pour sa nuit de noces. Il explique la mystification de la virginité dans les milieux populaires et son importance pour le mariage.

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La loi ne protège pas les femmes marocaines

Les jeunes Marocains exige encore de la femme qu'elle reste vierge jusqu'à la nuit de noce. Une nuit de noce à l'allure « de viole collectif » étant donné que tout l'entourage du marié attend la preuve que la femme est restée vierge jusqu'au mariage. Les familles exhibent encore les draps tachés de sang qui prouvent pour toute la société que la mariée était vierge et « pure ».

« Idéalisé et mythifié, le concept construit de "virginité", fondé sur une fine membrane, un certificat ou une tache de sang sur un drap, est devenu le moyen de mesure de la valeur d’une femme », expliquent les auteurs de l'ouvrage, qui ne dénoncent pas seulement des pratiques sociétales, mais remettent également en cause le code pénal marocain.

En effet, les auteurs expliquent que dans son article 488, le Code pénal marocain « ne protège pas contre le viol lorsqu’une femme ne peut prouver qu’elle était "vierge" avant que le crime ne se produise ». Plusieurs autres articles du Code pénal, « écrits par des hommes », sont pointés du doigt par le collectif. L'homosexualité, les relations sexuelles avant le mariage ou l’adultère sont punis au Maroc par des peines d’emprisonnement.