Le conflit armé en Ukraine a lourdement impacté l'économie mondiale, qui subissait déjà une forte tendance inflationniste. Cette inflation va se répercuter sur l'économie algérienne, selon, l'expert agronome Akli Moussouni, qui affirme que « toutes les filières de large consommation, sans exception […] continueront à subir toujours le maximum d'impact des événements extérieurs ».

Le directeur des programmes du cabinet du Conseil en ingénierie Expert (CIExpert) a affirmé, dans une interview accordée au journal algérien El Watan, qu'« il n'est pas juste de faire de l'inflation mondiale des prix des produits alimentaires un bouc émissaire du mal qui ronge le semblant d'économie [algérienne] ». Il souligne que « les prix sur le marché local des produits importés ont toujours été gonflés par rapport à l'ensemble des intrants et prestations qui sont de plus en plus chers par rapport à la dégradation continuelle de la valeur du dinar pour cause de la décroissance des richesses autres que celle procurées par le pétrole ».

Akli Moussouni explique que « ce sont donc toutes les filières de large consommation, sans exception, qui subissent et continueront de subir le maximum d'impact des événements extérieurs, car en interne, rien n'est fait pour contrecarrer cette situation en dehors du recours à l'importation conjuguée au subventionnement et aux exonérations fiscales, dernier recours des pouvoirs publics avant l'impasse qui pourra intervenir à tout moment ».

Les filières de lait, viandes, huiles, … « n'ont jamais existé » en Algérie

L'expert avertit que « la demande du marché s'accélère au rythme de la démographie d'une part et la dégradation continuelle de l'agriculture par appauvrissement du sol, un changement climatique imprévisible et un marché informel à la peau dure, d'autre part ».

Il illustre son analyse par l'exemple des frais de l'alimentation qui « dépassent 80 % de la valeur du lait produit alors qu'au-delà de 25 %, l'activité ne peut être rentable, ce qui fait que dans ces conditions autant importer carrément du lait précuit. C'est valable pour les viandes blanches en particulier, et les viande rouges. Tel que fonctionne l'agriculture algérienne, il n'y a aucune perspective sérieuse à envisager pour renverser la situation qui ne peut que s'aggraver ».

Akli Moussouni est catégorique dans son expertise : « l'État n'a jamais dépensé quoi que ce soit pour la réorganisation des filières agricoles en dehors des expertises engagées avec les concours des programmes européens (Meda 1, Meda 2, Diveco1 et Diveco 2, GTZ, GIZ, entre autres…) qui ont produit près de 500 expertises jetées […] dans les tiroirs des ministres ».

L'expert ajoute que les filières de lait, viandes, huiles, et autres, « en réalité, elles n'ont jamais existé. Le mot "filière", qui "désigne couramment l'ensemble des activités complémentaires qui concourent, d'amont en aval, à la réalisation d'un produit fini" dans son vrai sens a été attribué aux différents produits en dehors de toute chaîne de valeur ».

L'expert économique explique que « ce qui rend caduque cette appellation et c'est exactement ce qui fait que l'État qui, au lieu justement de se faire construire des filières de production, il n'a fait que dans "l'aide" aux fellahs et aux collecteurs et transformateurs sans que cette action puisse contribuer en quoi que ce soit au développement de ces filières, et ce sans aucune logique économique ».

Moussouni conclut qu'« en conséquence, ces aides de l'État ont été récupérées indirectement par les producteurs étrangers, dès lors que ces dispositifs attribués dans un cadre dispersé et en dehors de toute logique de filière dans son vrai sens n'ont fait qu'accentuer les dépenses du pays dans les importations et la dégradation du potentiel agricole de l'Algérie ».