Transformée en fête, la Journée internationale des droits des femmes reste une occasion pour rappeler les combats et les sacrifices des Algériennes. Des reines Dyhia et Tin Hinan en passant par Lalla Fatma N'Soumer et les résistantes algériennes à l'occupation française, aux militantes poste-indépendance puis à Nabila Djahnine, Amel Zouani, Katia Bengana, symboles de la résistance à l'ogre islamiste. Les Algériennes se sont de tout temps battu pour leur liberté et celle de leur pays. Cependant, en 1984 à l'époque du parti unique, l'APN a voté le code de la famille. Un code qui a réduit la femme algérienne à une « mineure à vie », selon les militantes féministes et les démocrates.

Le 8 mars de chaque année est une occasion pour ces militantes de souligner le caractère discriminatoire de cette loi qui régit les relations familiales. Plusieurs campagnes ont été organisées contre ce code sans que celui-ci ne soit abrogé comme revendiqué par les militantes. En effet, malgré quelques acquis, le chemin reste long pour venir à bout de cette loi qui consacre les inégalités selon plusieurs militantes féministes.

« En Algérie, le 8 mars est l’occasion de faire le point sur les acquis de la lutte pour les droits des femmes. Or, nous constatons que malgré le Hirak et la mise en évidence d’un code de la famille qui continue d’ostraciser les femmes, rien ne bouge. Le code de la famille est en passe de devenir un deuxième Coran. Ni amendable, ni abrogeable, ni discuté. On sacralise, à travers des lois ségrégationnistes à l’égard des femmes, le prétendu statut supérieur de l’homme. On en est encore au racisme primaire et biologique », a affirmé l'auteur Myassa Messaoudi dans une interview au journal Liberté.

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En Algérie, le statut de la femme est « légué aux obscurantistes pour en faire leur motif de haine et d'exclusion »

La militante féministe souligne que « le statut de la moitié de la population algérienne, la plus diplômée, est légué aux obscurantistes pour en faire leur motif de haine et d’exclusion. Le pays se voit donc amputé d’une énergie et d’un apport substantiel pour son développement et sa cohésion sociale ».

L'auteur ajoute qu'« on ne mesure toujours pas l’étendue des dégâts générés par ce code [de la famille] sur les plans sociologique, politique et économique du pays. Sans parler de la piètre réputation qu’il induit au sein des nations ».

Elle indique que « les féminicides, perpétrés de manière de plus en plus barbare et décomplexée, ne reçoivent que des réponses individuelles là où des mesures structurelles devraient être entreprises pour pallier un phénomène endémique. On pratique le cas par cas au lieu de renforcer les lois et doter le pays de structures capables de protéger durablement les femmes. Voyez, le constat est amer et n’est point propice aux festoiements ».

Comme Myassa Messaoudi, de nombreuses Algériennes anonymes profitent de cette journée pour dénoncer ce code de la famille et revendiquer son abrogation. Sur les réseaux sociaux, elles dénoncent également la transformation du 8 mars en fête commerciale. « Cette journée en l’honneur des femmes est devenue une journée de fête, folklorique, dénaturée et détournée de son sens. Cela au grand bonheur du grand capital, qui, grâce aux campagnes de marketing, est capable de mercantiliser les causes les plus nobles et les réduire à des pratiques souvent sans aucun intérêt », affirme la militante Safia Djaoui.