L'affaire de l’homme politique marocain et leader tiers-mondiste Mehdi Ben Barka, condamné à mort par contumace dans son pays pour s’être opposé aux choix autoritaires du roi Hassan II continu de hanter le Maroc.

Mehdi Ben Barka ayant disparu depuis son interpellation par deux policiers français fait encore parler de lui. Cette fois, c'est un ancien juge d’instruction dans l’affaire Ben Barka qui est poursuivi devant la Cour d’appel de Paris pour violation du secret de l’instruction. Patrick Ramaël accuse le Maroc d’être derrière ces procédures en diffamation.

Ainsi, depuis la disparition mystérieuse du plus grand opposant aux rois Mohammed V et Hassan II, le Maroc n'accepte aucune révélation qui met en cause la monarchie. L’ancien juge d’instruction Patrick Ramaël, qui était en charge du dossier Ben Barka pendant 10 ans, fait donc les frais de cette politique marocaine. Il est poursuivi par Miloud Tounzi, ancien fonctionnaire marocain, pour diffamation.

L'ancien juge a comparu devant la 17e chambre de la Cour d’appel de Paris, le 19 mai 2022. Lors de son procès, il charge son accusateur. « Tout le monde sait que Miloud Tounzi se cachait sous son nom d’agent, Larbi Chtouki, condamné par contumace à la perpétuité en 1967. C’est bien Tounzi qui a dirigé le commando qui a enlevé, torturé et fait disparaître le corps de Medhi Ben Bark. »,  a affirmé Patrick Ramaël.

Aveux de Miloud Tounzi devant une commission spéciale au Maroc

De leur côté, les deux avocats français et marocain de la partie civile battent en brèche ces accusations. Ils ont affirmé que le juge n’a jamais eu aucune preuve, aucun indice grave et concordant lors de son instruction. « C’est lamentable, c’est un assassinat moral », fustigent-ils.

Par ailleurs, l’avocat de Patrick Ramaël a tenu à assurer que son client ne gérait plus le dossier en 2015, année où il avait publié un livre sur l’affaire en reprenant certains articles de presse. Il a indiqué que Patrick Ramaël a cité un article de presse marocain faisant référence à des aveux de Miloud Tounzi devant une commission spéciale au Maroc, l’équivalent des commissions « Vérité et Réconciliation » en Afrique du Sud, qui n’a jamais été attaqué en justice. « Mon client a tenté de récupérer ce rapport, mais il y a eu refus des autorités marocaines », ajoute cet avocat.

L'ancien juge d’instruction dans l’affaire Mehdi Ben Barka a été catégorique. Il a affirmé que la monarchie marocaine « serait derrière ces procédures en diffamation », car elle « a tenté de l’attaquer en vain pour violation du secret de l’instruction ». Le verdict dans ce procès est attendu pour le 23 juin 2022. Il faut souligner que cinquante-six ans après la disparition de Mehdi Ben Barka , sa famille attend toujours la vérité sur sa disparition pour pouvoir enfin faire son deuil.