Le président du Conseil des mosquées du Rhône a dénoncé, dans un appel adressé le 5 juin 2022 au président Emmanuel Macron, la fermeture de comptes bancaires de nombreuses associations musulmanes ainsi que de leurs bienfaiteurs. Le président du CMR est allé jusqu’à qualifier ces mesures d’ « apartheid bancaire » contre des musulmans de France.

Dans le sillage de l’affaire dévoilée le 1er juin dernier par Azzedine Gaci, recteur de la mosquée de Villeurbanne, concernant la fermeture par BNP du compte d’un citoyen qui avait fait un don de 10 000 euros à une mosquée en construction à Lyon, c’est au tour du président du Conseil des mosquées du Rhône (CMR), Kamel Kabtane, de sortir de ses gonds en adressant une lettre au chef de l’État français, Emmanuel Macron.

« Depuis quelques années, certaines institutions et des membres de la communauté musulmane de France sont victimes d’un Apartheid bancaire », écrit d’emblée Kamel Kabtane. « Des dizaines de mosquées en pleine construction ou extension ont subi la fermeture de leurs comptes bancaires », ajoute le président du CMR.

La fermeture des comptes bancaires ne concernerait pas uniquement les mosquées, mais également des fidèles qui font des dons à ces mosquées, selon lui. « Par ailleurs, des fermetures massives de comptes bancaires de particuliers ayant participé à la construction de mosquées ont été observées récemment dans les filiales de certaines banques, sans justification aucune », explique-t-il, en faisant certainement référence à l'affaire de BNP.

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Le CMR dénonce « les fermetures massives » des comptes bancaires des mosquées et des donateurs

Le Conseil des mosquées du Rhône se dit « inquiet » de ce qu’il qualifie de « pratiques discriminatoires » visant « les institutions musulmanes ainsi que leurs bienfaiteurs et parfois leurs proches ». Dans sa lettre, le président du CMR rappelle avoir interpelé à « plusieurs reprises » les pouvoirs publics sur ce phénomène. « Mais rien n’a été fait malheureusement », se désole l’auteur de la missive.

Pour Kamel Kabtane, qui occupe également le poste de recteur de la mosquée de Lyon, « ces fermetures massives de comptes bancaires, qui mettent à mal la construction des mosquées, et paralysent leurs actions et leurs projets,  ont suscité l’émoi au sein de la communauté musulmane » de France. « On ne peut pas continuer à mettre les Français musulmans sur le ban de la société et en même temps, les taxer de séparatisme », ajoute-t-il à l’adresse d’Emmanuel Macron.

C’est dans ce sens que le Conseil des mosquées du Rhône (CMR) lance un appel au président de la République « garant des droits fondamentaux de tous les Français pour que cesse cette ignominie juridique qui prive des institutions cultuelles et des citoyens français de leurs droits fondamentaux », conclut la lettre du CMR signé par son président Kamel Kabtane.

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« Quand on donne de l’argent à une mosquée, on devient suspect », regrette le président du CMR

Interrogé le lundi 6 juin 2022 par le journal Le Progrès, le président du CMR affirme que « ça fait longtemps qu’on attire l’attention des banques pour essayer de discuter, mais aujourd’hui quand elles ne veulent plus de vous, elles vous mettent à la porte. Elle est là la réalité des choses ». Il révèle que la fermeture des comptes bancaires « touche 500 à 600 mosquées en France, dont une vingtaine dans le Rhône et plus d’une trentaine de particuliers dans la région ».

« Quand on donne de l’argent à une mosquée, on devient suspect, islamiste ou terroriste ! », regrette Kamel Kabtane. Pourtant, selon lui, le financement du culte ne peut se faire sans les dons des bienfaiteurs. « Comme les églises ou les synagogues, on n’est pas des sociétés anonymes. C’est par la charité publique que l’on fonctionne, tous les vendredis on ramasse centime par centime. Je ne vois pas d’autre fonctionnement sans les fidèles », précise-t-il.