La suspension du traité d'amitié entre l'Algérie et l'Espagne a de lourdes conséquences dans plusieurs domaines. Sur le plan économique, plusieurs entreprises des deux rives de la méditerranée vont pâtir de cette suspension. L'immigration clandestine sera aussi touchée par cette suspension et la gestion des flux migratoires entre les deux pays va être compliquée.

En effet, le traité d'amitié garantit, dans son article 12, que « les deux partis poursuivront et approfondiront leur coopération dans le contrôle des flux migratoires et la lutte contre la traite des êtres humains ». Cette décision algérienne va donc remettre en cause cette collaboration, qui avait fonctionné par le passé. Ainsi, selon le chercheur à l'IRIS (Institut des relations internationales et stratégiques), spécialiste du monde arabe, Brahim Oumansour, « l'Algérie a toujours coopéré à ce sujet ».

Concrètement l'an passé, l'Algérie avait accepté le retour sur son territoire de milliers de ses ressortissants, arrivés illégalement en Espagne par la mer. En 2021, pour le seul mois de novembre, 304 Algériens avaient été ramenés dans leur pays par les autorités espagnoles à bord de ferries Trasmediterranea, affrétés par l'Espagne. Le même chercheur affirme qu'« en faisant volte-face sur la question du Sahara occidental, l'Espagne a montré son point faible. Elle ne veut plus se brouiller avec le Maroc, car les conséquences, on le sait, sont très fâcheuses. En mai 2021, pour faire pression sur Madrid qui avait accueilli le chef du front Polisario, le Maroc avait ouvert les frontières de Ceuta. Mais l'Algérie peut aussi s'engouffrer dans cette brèche et faire usage des mêmes méthodes ».

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Ainsi, à la suite de la suspension du traité, Alger peut désormais refuser de délivrer les laissez-passer nécessaires aux expulsions de migrants et bloquer par la même occasion le retour de milliers de harraga. Une conséquence très lourde pour l'Espagne. L'Algérie pourrait donc utiliser ce dossier de l'immigration clandestine comme moyen de pression comme l'avait fait le Maroc.

Par ailleurs, l'Espagne aussi peut utiliser ce dossier comme moyen de pression. « Il est possible que les garde-côtes se permettent davantage de refoulements aux abords du littoral, voire même de fermer les frontières », explique Brahim Oumansour. Madrid pourrait également « restreindre sévèrement l'octroi, déjà limité, de visas aux Algériens ». Une stratégie déjà expérimentée par les autorités françaises en septembre 2021, pour répondre au « refus » des pays de l'Afrique du Nord de délivrer les laissez-passer consulaires nécessaires au retour des exilés refoulés de France.