Le drame des migrants qui a eu lieu le vendredi 24 juin à la frontière du Maroc avec l'enclave espagnole de Melilla continue à défrayer la chronique, particulièrement chez les médias marocains et espagnols. Les autorités marocaines n'ont pas hésité à accuser l'Algérie dans le drame qui a coûté la vie à 23 migrants subsahariens et a causé des blessures à des centaines d'autres.

En effet, les autorités marocaines accusent, avec des allusions à peine voilée, l'Algérie d'être derrière la tentative des migrants subsahariens de rejoindre l'enclave de Melilla depuis le territoire marocain. Ces accusations sont clairement visibles dans le communiqué rendu public, ce mardi 28 juin, par l'ambassade du Maroc à Madrid, qui accuse l'Algérie d'avoir laissé délibérément les migrants traverser sa frontière.

Le Maroc accuse l'Algérie d'avoir délibérément laissé les migrants traverser sa frontière

Mieux encore, la représentation diplomatique du Makhzen marocain affirme que les migrants subsahariens qu'elle qualifie d'assaillants « étaient armés » et qu'ils « se sont infiltrés à la frontière avec l'Algérie, profitant du laxisme délibéré du pays dans le contrôle de ses frontières avec le Maroc ». Cela dénote une certaine « convergence de vue » avec les autorités espagnoles, qui accusent « les mafias » d'être derrière le drame de Melilla.

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« L'extrême violence des assaillants et la stratégie d'assaut dominante […] dénote un sens élevé de l'organisation, une progression planifiée et une structure hiérarchique de chefs aguerris et entraînés ayant le profil de miliciens expérimentés dans les zones de conflit », a également indiqué l'ambassade de la monarchie marocaine en Espagne qui ajoute que le Maroc poursuivra sa lutte contre les réseaux de trafiquants.

L'Algérie accuse le Maroc de fuite en avant

Par la voix de son envoyé spécial chargé des pays du Maghreb et du Sahara occidental, Amar Belani, l'Algérie a réagi à cette violente attaque sur les colonnes du site d'information TSA, accusant les autorités marocaines de fuite en avant.

« Nous savons que le Maroc a érigé la fuite en avant en système de gouvernance. N’ayant pas le courage d’assumer leurs propres turpitudes, les autorités de ce pays sont constamment à la recherche de boucs émissaires pour se défausser de leurs responsabilités. Le communiqué de l’ambassade du Maroc à Madrid en est la parfaite illustration », a-t-il déclaré, ce mardi.

Le diplomate algérien a démenti l'information selon laquelle les migrants qui ont tenté la traversée vers Melilla étaient arrivés du territoire algérien. Pour cela, il prend à témoin les organisations internationales spécialisées dans la gestion des flux migratoires pour préciser que la majorité des migrants se trouvant au Maroc avaient rejoint le pays de Mohammed VI par les voies légales à la suite d'un « marketing diplomatique nourri par ceux qui définissent, présomptueusement, le Maroc comme étant la plateforme entre l’Afrique subsaharienne et l’Europe, dans le but soi-disant de consolider la position géostratégique du pays ».

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Le Maroc fait-il chanter l'Espagne et l'Europe ?

Amar Belani soupçonne même les autorités marocaines d'avoir planifié l'assaut des migrants subsahariens pour faire chanter l'Espagne et l'Europe sur la question migratoire dans le but d'arracher un soutien diplomatique et des aides financières de l'Union européenne.

« Certaines voix s’élèvent, notamment sur les réseaux sociaux, pour relever le caractère planifié et prémédité de cette "tentative" de franchissement de la frontière de Melilla par plus d’un millier de subsahariens qui seraient ainsi tombés dans un guet-apens, réprimés férocement par les forces de l’ordre pour, à la fois intimider les pays du sud de l’Europe dont l’Espagne au premier chef, en agitant la menace de la submersion migratoire et obtenir, en retour, le soutien diplomatique ainsi que des subsides substantiels de la part de l’Union européenne », a-t-il soutenu.

Le drame en question est une tentative malheureuse de franchir la frontière entre le Maroc et Melilla. Survenu le vendredi 24 juin, l'assaut de plus d'un millier de migrants sur la clôture frontalière a donné lieu à des scènes de violence, de bousculades et de chutes qui ont coûté la vie à 23 migrants, ou beaucoup plus selon des ONG de défense des droits de l'Homme.