Après plus d'une année de crise, les relations entre le Maroc et l'Espagne semblent s'être nettement améliorées. Cependant, cette amélioration est due au fait que l'Espagne se plie aux chantages marocains, d'après plusieurs hommes politiques et anciens responsables. C'est d'ailleurs ce qu'affirme l'ancien ministre de la Défense Federico Trillo, qui a expliqué que le Royaume chérifien est habitué à l'exercice du chantage sur l'Espagne.

Ainsi, Federico Trillo déclare que la succession de chantages du Maroc[1]Sahara occidental : Le Maroc a-t-il pu faire chanter l’Espagne ? est un fait. « Après la crise migratoire de mai 2021 à Ceuta, j’ai dit que c’était une manifestation de plus des revendications de territoires espagnols par Mohammed VI… C’est pour montrer que nous sommes entre ses mains », a-t-il asséné.

L'ancien responsable espagnol est revenu dans cet entretien sur les dessous de l’opération qui a permis à l’Espagne de récupérer l’îlot Persil (Leila) après l’invasion marocaine en juillet 2002 sans recourir à la force armée. Il a déclaré que cet incident entre l’Espagne et le Maroc, sur l’îlot Persil, aurait pu dégénérer en conflit armé. Federico Trillo a affirmé qu’il s’agissait d’« une invasion qui viole le droit international ». Des hélicoptères armés ont survolé l’îlot, prêts à riposter contre une éventuelle attaque du Maroc.

L’ancien responsable espagnol raconte qu'il a été informé de l’invasion de l’îlot le 10 juillet 2002 par son collègue Ángel Acebes, alors ministre de l’Intérieur. « La Garde civile a détecté la présence de "Maures" en uniforme à Persil », a confié ce ministre de l’Intérieur à celui de la Défense. Ce dernier a alors rencontré les chefs d’état-major interarmées pour avoir de plus amples informations, puis s’est rendu à La Moncloa pour une réunion de crise avec Ana Palacio, le vice-président Mariano Rajoy et le président.

À la fin de cette réunion, le président Aznar a autorisé le lancement d’une opération militaire dans la discrétion la plus totale. « Le président a montré qu’il est un grand homme d’État. Il a beaucoup réfléchi à la décision, il y avait beaucoup de pression… et aussi beaucoup de concertation », a confié l'ancien ministre de la Défense.