Au Maroc, comme dans tous les pays d'Afrique du Nord l'homosexualité est un sujet tabou et une « pratique » condamnée par la législation. L'homophobie, elle, est banalisée. Que ça soit sur le plan institutionnel ou sociétal, la communauté LGBT n'est pas acceptée dans ces pays. De ce fait, ils n'ont pas le droit à la parole ni à la création. C'est ce qu'a vérifié l'écrivaine marocaine Fatima Ezzahra Amezgar, qui a vu son livre « Journal d'une lesbienne » retiré du Salon international du livre et de l’édition qui s’est tenu en juin à Rabat au Maroc. Cependant, cette censure a dynamisé les ventes de ce livre qui est désormais devenu un best-seller dans le Royaume. 

Ce roman raconte l’histoire d’une Marocaine de famille modeste, Titima, victime de viol pendant son enfance et donnée en mariage à l’âge de 17 ans à un homme qu’elle n’aimait pas, duquel elle finit par divorcer après avoir découvert son homosexualité.

Dans ce roman, l'écrivaine a défié son entourage et osé exprimer ses points de vue sur la religion et les coutumes au Maroc où le Code pénal condamne l’homosexualité à une peine allant jusqu’à 3 ans de prison. Cette audace de l'écrivaine lui a valu des dénonciations et également une censure déguisée. L'ouvrage n'a en effet pas été bien accueilli par les institutions marocaines.

À lire aussi :  Affaire Future Gate : Voici le sort de Numidia Lezoul et des autres influenceurs

Âgée de 25 ans, la jeune auteure Fatima Ezzahra Amezgar dénonce les pressions menées sur les organisateurs de l’événement pour qu’ils retirent son livre du Salon, juste avant une séance de dédicace. « Si aujourd’hui, ils défendent l’homosexualité, demain on lira les mémoires des personnes qui ont des relations sexuelles avec leurs sœurs, leurs mères ou leurs filles », a commenté le leader salafiste Hassan El Kattani sur sa page Facebook pour justifier  la décision des autorités.

À quelque chose malheur est bon

De son côté, le ministère marocain de la Culture n'a pas assumé directement cette censure. Il a expliqué que le roman de Fatima a été retiré parce qu’il n’aurait pas été régulièrement enregistré sur la liste des ouvrages à exposer lors du Salon. Une justification balayée par l'écrivaine, qui affirme que « les arguments avancés par le ministère sont infondés et sa décision est illégale ».

Lors de cette polémique, le président du Conseil marocain des droits de l’Homme a indiqué qu'« il serait illogique de censurer l’ouvrage. Aujourd’hui, tout passe sur les réseaux sociaux, qui ne peuvent être surveillés ».

Assumant son combat pour les libertés sexuelles, l'auteure déclare, concernant son livre : « Je l’ai écrit pour défendre la coexistence. J’ai été choquée quand j’ai découvert l’hostilité de la société envers les membres de la communauté LGBT[1]Tourisme : L'Algérie, la Tunisie et le Maroc parmi les destinations les moins sûres pour la communauté LGBT ».

À lire aussi :  Angleterre : Un club de football ouvre des salles de prière durant les matchs

Cependant, il faut dire qu'à quelque chose malheur est bon. En effet, cette polémique a servi le livre, qui est devenu un best-seller au Maroc. L’auteure, qui a publié son roman en arabe, prévoit des traductions en plusieurs langues. Fatima Ezzahra Amezgar travaille aussi sur un autre roman, basé sur des dialogues entre prisonniers, intitulé Femmes castrées.