La réouverture des frontières terrestres algéro-tunisiennes n'a décidément pas fait que des heureux. Elle a également coupé l'herbe sous le pied des contrebandiers qui organisaient des voyages clandestins entre les deux pays en pleine crise sanitaire, moyennant des sommes d'argent colossales.

Les frontières terrestres entre l'Algérie et la Tunisie ont été rouvertes le 15 juillet, après plus de deux ans de fermeture à cause de la crise sanitaire liée au coronavirus. Cette réouverture tant attendue a été applaudie de part et d'autre.

En plus des vacanciers algériens, qui ont exprimé leur joie de pouvoir enfin se rendre dans leur destination de prédilection pour un séjour cet été, les professionnels du tourisme des deux pays ont accueilli cette réouverture avec autant d'engouement. Ces derniers voyaient en cette réouverture une reprise conséquente de leur activité, après plus de deux ans de vache maigre.

Les voyages clandestins Tunisie-Algérie se négociaient autour des 300 euros

En revanche, la réouverture des frontières a sonné le glas chez certains individus qui ont fait des voyages clandestins leur gagne-pain deux ans durant. En pleine crise sanitaire et alors que ces frontières étaient fermées, ces contrebandiers se sont substitués en « agence de voyages » en proposant leurs services à des ressortissants algériens et tunisiens qui voulaient traverser les frontières.

Bien entendu, cela ne se faisait pas gratuitement. Un adulte devait payer 50 000 dinars à aller et 50 000 dinars au retour, alors que le voyage est estimé entre 15 000 et 20 000 dinars pour les mineurs. Les émigrés algériens ayant transité par la Tunisie pour entrer en Algérie doivent négocier leur voyage autour de 300 euros, a indiqué le journal El Watan[1]Réouverture des frontières algéro-tunisiennes : La pire nouvelle de l’été pour les réseaux de passeurs, El Watan, qui a fait part de cette activité juteuse dans son édition du samedi 23 juillet.

Une Algérienne raconte sa "Harga" vers l'Algérie via la Tunisie

La même source a rapporté d'ailleurs le témoignage d'une ressortissante algérienne établie en France qui devait absolument entrer en Algérie en 2021, pour être au chevet de sa mère malade. « Comme les frontières étaient fermées, une connaissance à mon fils m’avait recommandé de passer par la Tunisie où se trouvent des réseaux de passeurs qui pouvaient me faire traverser la frontière via le poste de Bir El Ater dans la wilaya de Tébessa. L’organisateur du voyage était basé à Marseille », a-t-elle raconté.

Et de poursuivre : « le paiement, 400 euros, s’est fait une fois arrivée à la frontière algéro-tunisienne. Arrivée à l’aéroport de Carthage, une voiture m’attendait à la sortie pour me conduire vers Bir Ater. Sur place, j’ai été hébergée par une famille tunisienne, où se trouvaient également deux compatriotes algériennes, l’une venait de Bruxelles (Belgique), l’autre de Munich (Allemagne). Vers 2 h, une autre voiture nous avait conduites vers une forêt à quelques dizaines de mètres du poste d’El Mridj ».

« Nous avions, par la suite, traversé la frontière à pied, nos bagages transportés à dos d’âne. Sur le territoire algérien, une troisième voiture assurait le trajet Tébessa-Annaba. Au retour, après un séjour de 10 jours, les mêmes procédé et itinéraire seront empruntés et au même prix. Mais cela valait la peine. J’ai pu voir ma mère et m’assurer qu’elle s’était remise de la Covid.», indique cette Algérienne.