L’écrivain Salman Rushdie, qui vit sous la menace de mort depuis 1989 pour son roman « Les versets sataniques », a été victime d'une attaque vendredi 12 août. L'écrivain américano-britannique d'origine indienne a été poignardé au cou alors qu'il s'apprêtait à donner une conférence dans l'État de New York. L’auteur de l’attaque est un jeune ressortissant américain de 24 ans d’origine libanaise.

L’attaque dont a été victime l’écrivain Salman Rushdie a suscité une vague d’indignation dans le monde. Chefs d’État, écrivains et hommes de religion ont condamné l’acte « odieux » perpétré contre le romancier. Parmi ceux qui ont apporté leur soutien à Salman Rushdie figure Chems-Eddine Hafiz, recteur de la grande mosquée de Paris. « Je suis soulagé et heureux de vous savoir sur la voie du rétablissement. Tout être humain attaché à la liberté d’expression a ressenti dans sa chair le caractère cruel de cette tentative d’assassinat », écrit d’emblée Chems-Eddine Hafiz à l’adresse de Salman Rushdie, dans une lettre publiée le 16 août par le site Saphirnews.

« Choqué, je le suis. Oui, cette attaque m’a d’abord plongé dans un mutisme de sidération. J’ai eu du mal à le croire. Votre agresseur n’était même pas né lorsqu’un infâme message décrétant votre mise à mort est venu nourrir nos plus grandes inquiétudes quant à l’avenir de la liberté dans le monde », ajoute  l’auteur du « Manifeste contre le terrorisme islamiste » paru en 2021.

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« Le respect de la vie est un principe sacré dans notre religion », écrit Chems-Eddine Hafiz

« Je croyais cette lointaine abomination éteinte, passée dans l’oubli. Ce qui vous est arrivé le vendredi 12 août dernier au centre culturel de Chautauqua, aux États-Unis, a ravivé nos peurs profondes », ajoute Chems-Eddine Hafiz. « L’annonce de cette attaque contre votre personne avait des allures cauchemardesques. Non ! Pas ça ! Pas après tant d’horreurs commises au nom de l’islam ! », s’insurge le premier responsable de la grande mosquée de Paris.
Pour Chems-Eddine Hafiz, « le respect de la vie est un principe sacré dans notre religion ». « Vivre, c’est aussi écrire et dialoguer avec d’autres esprits éclairés et abreuvés d’humanisme. Nous dialoguons même avec ceux qui se méfient des musulmans, les critiquent ou les ostracisent. Durant quatorze siècles, le message coranique a éclairé l’humanité sans jamais s’éteindre. Je blâme ceux qui le détournent aujourd’hui et l’entraînent vers l’ombre », explique-t-il.

« Le jour où nous comprendrons que la critique de l’islam n’affaiblit en rien notre foi, commencera alors une nouvelle étape vers un possible progrès », ajoute l’auteur de la lettre. « Je vous laisse imaginer, Monsieur Rushdie, le lourd sentiment de responsabilité qui pèse sur nous, les musulmans attachés aux valeurs universelles, après chaque acte violent commis par des extrémistes. Après coup, les plus irréprochables d’entre nous continueront à susciter méfiance et suspicion du simple fait d’être musulmans » affirme encore le recteur de la grande mosquée de Paris.

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« Monsieur Rushdie, vous n’êtes pas un ennemi de l’islam »

« Votre histoire et celle d’autres intellectuels intimidés et menacés nous a appris la nécessité d’une irréprochable pédagogie de l’islam. Elle passe d’abord par la connaissance de nos propres faiblesses. Remettre la liberté d’opinion au centre des discussions sur l’islam est, à mon avis, l’un des chemins les plus courts menant à une prise de conscience collective », Chems-Eddine Hafiz dans sa lettre.

Pour Chems-Eddine Hafiz « le refus du débat est une preuve de faiblesse ». « Sommes-nous faibles ? », s’interroge-t-il. « Le jour où nous comprendrons que la critique de l’islam n’affaiblit en rien notre foi, commencera alors une nouvelle étape vers un possible progrès », reconnait-il. « Le caractère universel de la religion musulmane n’est plus à prouver. Mais il est à revaloriser et à inculquer de nouveau », estime Chems-Eddine Hafez.

« Monsieur Rushdie, vous n’êtes pas un ennemi de l’islam. Vous êtes un écrivain. Continuez à écrire. Écrivons. Dialoguons. Apprenons les uns des autres. Le dialogue reste notre dernier espoir pour éviter l’irréparable dans ce monde de plus en plus inquiétant », conclut le recteur de la grande mosquée de Paris dans sa lettre en soutien à Salman Rushdie.