La question de l’octroi des visas Schengen pour les ressortissants des pays d’Afrique du nord, continue à susciter le débat des deux côtés de la Méditerranée, sur fond de discrimination. En décidant de réduire drastiquement le nombre de visas accordés aux ressortissants algériens, marocains et tunisiens, le gouvernement français a suscité une vague d’indignation non seulement dans les pays concernés mais également dans l’Hexagone.

Des voix ne cessent de s’élever en France mais surtout dans les trois pays d’Afrique nord, l’Algérie, le Maroc et la Tunisie pour dénoncer la politique de restriction aux visas Schengen menée ces derniers mois par le gouvernement français à l’égard des Algériens, Tunisiens et Marocains. "Entre 2021 et mars 2022, 23 % des demandes de visas, par des citoyens des pays du Maghreb, auraient été refusées en guise de sanction parce que ces pays refusent de rapatrier leurs ressortissants en situation de sans-papiers", écrit un Collectif d’associations des deux rives de la Méditerranée dans un appel lancé le 5 septembre au gouvernement français.

Les signataires de cet appel dont des  associations, syndicats et organismes des droits de l’Homme en Algérie, au Maroc, en Tunisie mais aussi en France, en Belgique, en Espagne et en Italie, qualifient cette décision de "punition collective, injuste, visant indistinctement tous les Algérien(ne)s, les Marocain(ne)s ou les Tunisien(ne)s". Par conséquent, "les Maghrébin(e)s qui souhaitent voyager pour tourisme, pour études, pour affaires ou pour raisons de santé ou familiale, en sont purement et simplement exclu(e)s", ajoutent les signataires de l’appel qui dénoncent énergiquement cette nouvelle politique d'octroi des visas Schengen.

Le refus d’octroi de visas Schengen est "un chantage moralement inacceptable"

Pour les signataires de l’appel, "ces mesures, qui s’attaquent en fait aux échanges humains entre les peuples, produisent a contrario des effets dramatiques en poussant des milliers de jeunes et moins jeunes (hommes, femmes et même enfants) à emprunter des traversées en mer Méditerranée au risque de leur vie". Elles relèvent d’ "un chantage inadmissible, déshonorant, et qui plus est, portant atteinte à un droit humain essentiel : la libre circulation des personnes, y compris de celles et ceux ayant leurs attaches, tant en France que dans les pays du Maghreb", ajoute-t-on.

Le refus d’octroi de visas Schengen est "un chantage moralement inacceptable car s’appuyant sur une décision discriminatoire et bafouant un principe d’égalité citoyenne", ajoute les signataires de l’appel. Ainsi, "des Françaises et des Français originaires des pays du Maghreb qui souhaitent faire venir leurs parents pour visite, pour affaires ou pour des raisons de santé se voient, eux aussi, privés d’un droit fondamental", expliquent encore les signataires dont la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LADDH), l’Association de défense des droits de l’Homme au Maroc (ASDHOM) et l’Association tunisienne de défense des valeurs universitaires (ATDVU).

Demander aujourd’hui des visas Schengen auprès de la France est « un véritable parcours du combattant »

"Demander aujourd’hui un visa auprès des autorités consulaires françaises ou européennes (espace Schengen) de l’un des pays du Maghreb, est un véritable parcours du combattant et, le plus souvent, une humiliation supplémentaire pour l’immense majorité de celles et ceux qui en font les démarches", s’insurgent les auteurs de l’appel. "Outre les délais d’attente de plusieurs semaines, voire de deux mois ou plus, pour obtenir un rendez-vous, tout est fait pour y faire obstacle et, au final, les refus sont la règle. Sans compter que les démarches sont  extrêmement coûteuses et, évidemment, sans remboursement en cas de refus", ajoutent-ils.

"Voilà pourquoi, nous, associations maghrébines des deux rives et associations citoyennes européennes et françaises ne pouvons accepter un tel diktat et une injustice aussi flagrante. Nous demandons aux autorités françaises et aux pays européens de revenir sur ces mesures discriminatoires", ajoutent les auteurs de la lettre qui rappellent avoir "depuis toujours combattu l’instauration du système des visas, et qui assistons aujourd’hui à une régression supplémentaire qui instaure des mesures discriminatoires insupportables".