La question de la réduction par la France du nombre de visas accordés aux Algériens continue de susciter des réactions des deux côtés de la Méditerranée. Cette fois-ci, c’est un député à l’Assemblée nationale française qui monte au créneau à traverses une lettre adressée à la ministre des Affaires étrangères de son pays, pour lui demander de mettre fin à cette décision qu’il qualifie d’ « injuste, contre-productive et incohérente ».

Le gouvernement français a annoncé, le 28 septembre dernier, sa décision de réduire de 50 % le nombre de visas accordés aux Algériens en « représailles » contre les autorités algériennes qui refusent de reprendre leurs ressortissants en situation irrégulière sur le sol français. Cette décision de réduire le nombre de visas a touché également le Maroc et la Tunisie avec respectivement 50 % et 30 % de réduction, pour le même motif, selon les explications des autorités françaises.

Près d’une année après cette décision, plusieurs voix se sont élevées en Algérie, au Maroc et en Tunisie pour dénoncer ce qui est souvent qualifié de « chantage aux visas ». Depuis cette date, le nombre de visas accordés aux ressortissants des trois pays de l’Afrique du Nord, a été sensiblement revue à la baisse. Les derniers chiffres du nombre de visas Schengen accordés par les trois consulats de France en Algérie en sont la parfaite illustration.

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Cette mesure de réduire le nombre de visas aux Algériens, aux Tunisiens et aux Marocains a fait également réagir des responsables politiques en France. Si les politiciens de la droite et de l’extrême droite ont salué cette décision tout en réclamant de réduire encore plus le nombre de visas pour les ressortissants algériens et ceux des autres pays d'Afrique du Nord, des responsables politiques français catalogués à gauche n’ont pas hésité à dénoncer cette mesure prise par le gouvernement de leur pays.

Un député français saisit le gouvernement sur la question de la réduction du nombre de visas pour les Algériens

C’est le cas du député Karim Ben Cheikh, nouvellement élu à l’Assemblée nationale française sous la nouvelle coalition de la gauche (Nupes), qui a saisi par écrit la ministre de l'Europe et des Affaires étrangères de son pays, sur la situation de la délivrance des visas dans les postes consulaires d'Algérie, du Maroc et de la Tunisie. Dans une question adressée à la ministre et publiée le 2 août au Journal officiel, le député des Français de l’étranger n’a pas mâché ses mots à propos de la décision du gouvernement de son pays de réduire le nombre de visas pour les ressortissants algériens, tunisiens et marocains.

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« Les difficultés constatées de longue date sont aggravées par la décision du Gouvernement de M. Castex, en septembre 2021, de réduire automatiquement les visas accordés pour les trois pays du Maghreb, au motif que ces derniers refuseraient de délivrer des laissez-passer consulaires pour leurs ressortissants faisant l'objet d'obligations de quitter le territoire français (OQTF) », écrit le député Karim Ben Cheikh à la ministre Catherine Colonna.

Pour le représentant des Français à l’étranger au niveau du Parlement français, cette décision de réduire les visas pour les Algériens, les Marocains et les Tunisiens et à travers laquelle le gouvernement français voulait « pousser les pays concernés à changer de politique et accepter de délivrer des « laissez-passer consulaires » s’est avérée finalement sans succès. « Dix mois plus tard, cette politique n'a pas résolu la question qu'elle était supposée régler », affirme le député.

Le député demande à la ministre des Affaires étrangères de mettre fin à la décision de réduction des visas

En revanche, de nombreux ressortissants des trois pays d'Afrique du Nord « dénoncent des rejets de visas sans motif sérieux, ce qui est contraire au droit des demandeurs à un examen individuel et sérieux de leur dossier », ajoute le député des Nupes. « Les citoyens des trois pays précités n'ont pas à subir les conséquences d'une politique de bras de fer à l'efficacité douteuse », selon le député.

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« Aujourd'hui, des personnes présentant toutes les garanties nécessaires pour se rendre dans le pays se voient empêchées de rejoindre le territoire national. Les refus et retards dans l'octroi des visas concernent des profils divers : entrepreneurs, étudiants (pour certains ayant accompli une scolarité publique dans le système éducatif français), parents ou conjoints de Français... », ajoute-t-il.

Pour le député Karim Ben Cheikh, la décision de réduire les visas aux Algériens, aux Marocains et aux Tunisiens est synonyme d’une « véritable rupture de confiance avec des populations historiquement proches de la France ». Pour le député français, « le prix à payer ne manquera pas d'être lourd sur les politiques bilatérales françaises, à tous les niveaux ». Au regard de ces éléments, Karim Ben Cheikh  interroge dans sa lettre la ministre des Affaires étrangères sur « la nécessité de mettre fin à cette politique injuste, contre-productive et, par bien des aspects, incohérente ».