Mise en difficulté par la crise diplomatique qui l’oppose à l’Algérie, l'Espagne tente d’exercer des pressions sur la France, en vue de la ramener à respecter de vieux engagements datant de 2018. Il s’agit du MidCat dont l’utilité et l’efficience ont été largement mises en question.

« Nous demandons au gouvernement français de respecter ses engagements. La France ne les a pas pris envers l’Espagne, mais envers la Commission européenne », a, en effet, déclaré le président du Gouvernement espagnol, Pedro  Sánchez, dans une interview publiée mercredi 5 octobre par le journal allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung. Les engagements en question concernent les connexions du réseau énergétique entre la péninsule ibérique et le reste de l’UE, y compris le futur gazoduc MidCat.

Le président du Gouvernement espagnol a rappelé qu' « en juillet 2018, Emmanuel Macron s’est engagé publiquement par écrit à stimuler l’expansion du réseau électrique et énergétique ». « C’était lors du Sommet du réseau énergétique à Lisbonne, où l’Espagne, le Portugal et la Commission européenne, comme auparavant à Madrid en 2015, avaient discuté d’une meilleure connexion de la péninsule ibérique avec le reste de l’UE. D’ici 2020, un degré d’interconnexion de 10 % aurait dû être atteint. Mais jusqu’à présent, il n’a été que de moins de 5 %, alors qu’il devrait être de 15 % en 2030 », a déploré Pedro Sánchez.

Midcat, un projet que Macron a déjà enterré

« L’Espagne pourrait déployer le corridor de l’hydrogène […] en sept à huit mois. Parce que le gazoduc sera adapté à la fois à l’hydrogène vert et au gaz naturel », a encore déclaré Sánchez. Et d'ajouter : « nous-mêmes sommes déjà solidaires avec la France, le Portugal et d’autres pays européens. En France, une grande partie des centrales nucléaires ne fonctionnent pas ; au Portugal, les centrales hydroélectriques sont arrêtées à cause de la sécheresse. Nous livrons de l’électricité et du gaz aux deux pays ».

Or le projet MidCat, espoir inouï de la péninsule ibérique, a été définitivement enterré par la France. D’ailleurs Emmanuel Macron, durant une conférence de presse tenue suite à un entretien avec le Chancelier allemand Olaf Scholz, a démontré que le projet n’est ni utile ni efficient. Il a estimé qu'il est « faux, totalement faux » que le MidCat puisse résoudre les problèmes d'approvisionnement énergétique qui touchent l'ensemble de l'Europe. « Pour plagier un de mes prédécesseurs, je ne comprends pas pourquoi on sauterait comme des cabris pyrénéens sur ce gazoduc pour expliquer que ça réglerait le problème gazier. C’est faux. C’est factuellement faux. Si l'on était à 100 % de l’utilisation de nos gazoducs et s’il y avait aujourd’hui un besoin d’exporter le gaz vers la France, l’Allemagne ou autre, je vous dirais oui. Ça n’est pas vrai », a-t-il défendu.

Le gaz algérien : Le nœud des déboires espagnols

Macron a rappelé, à la même occasion, que l'Espagne ne pouvait plus compter sur le gaz algérien. « Pour que les gazoducs existant arrivent à saturation, il faudrait que l'Espagne triple ses importations de gaz venant du sud et ce n'est pas ce qui est prévu »; a-t-il déclaré. C’était une façon de dire que sans le gaz algérien, non seulement MidCat n’aura aucune utilité, mais, aussi, les gazoducs existants ne pourront pas aller à leurs capacités maximales.

Mais contre vents et marées, le président du Gouvernement espagnol insiste sur le fait que du côté algérien tout est dans l’ordre. Interrogé sur la fiabilité de l’Algérie en tant que fournisseur de gaz, il a, en effet, assuré que « le pays d’Afrique du Nord a toujours été un partenaire fiable pour l’approvisionnement en gaz ». « Rien n’a changé à ce sujet. Nous n’en doutons pas non plus. Mais nous pouvons aider encore plus », a-t-il commenté. Or tout le monde sait que les relations algéro-espagnoles sont au point mort et que le gaz algérien n'arrive en Espagne qu'en quantités limitées et à des prix qui sont loin d’arranger les affaires de l’Espagne.