Le renforcement des capacités d'approvisionnement en gaz depuis l'Afrique est devenu un enjeu majeur pour l'Union européenne. Les derniers bouleversements internationaux, causés par l'invasion de l'Ukraine par la Russie, ont fait comprendre aux dirigeants du vieux continent que de nouvelles sources énergétiques sont plus que nécessaires. Et le Nigéria, l'un des plus grands producteurs mondiaux de gaz, est à même de fournir l'Europe en quantités aucunement dédaignables. Cependant, pour ce faire, il va falloir construire un gazoduc long de quelques milliers de kilomètres. Et la question est la suivante : par quel pays passera le gaz nigérian, via l'Algérie ou via le Maroc ?

Si le Nigéria, le premier concerné par la question, décide d'opter pour le Maroc, il va devoir investir quelque 25 milliards de dollars avant que les premiers souffles de gaz n'atteignent l'Europe. Aussi faut-il attendre au moins 8 ans avant que le projet n'arrive à terme. En effet, selon les concepteurs, le projet va se réaliser en 3 phases : la première durera 3 ans, tandis que les deux autres dureront 5 ans. Les coûts monstrueux du projet ainsi que sa durée peuvent bien pencher la balance du côté de l'Algérie, elle aussi fortement intéressée par le gaz nigérian[1]Crise du gaz : Une aubaine pour l'accélération du gazoduc transsaharien ?.

« Nous prendrons une décision finale sur l'investissement l'année prochaine », a déclaré, le 11 octobre 2002, Mele Kyari, directeur général de la Nigerian National Oil Corporation, lors d'un entretien accordé à Bloomberg à Abuja, la capitale du Nigéria. Mele Kyari a ajouté que les discussions sur le financement du projet se poursuivaient, sans pour autant dévoiler les institutions intéressées à soutenir le projet du gazoduc qui, pour rappel, s'étend sur une distance de 5600 kilomètres.

Gaz nigérian via l'Algérie : moins d'argent et moins de temps

Il faut rappeler que la Nigérian National Petroleum et l'Office national des hydrocarbures et des mines du Maroc ont signé un protocole d'accord, marquant une étape vers la réalisation de ce projet pharaonique. Cependant, le Maroc n'est pas le seul pays à vouloir être une terre de transit pour le gaz nigérian. L'Algérie en est aussi candidate avec un potentiel économique plus marqué.

Du côté algérien, en effet, le gazoduc ne sera long que de quelque 4000 kilomètres. Techniquement, il est question d'acheminer le gaz du delta du Nigeria vers In Salah, dans le Sud de l'Algérie, en passant par le Niger, avant que les 3 gazoducs reliant l'Algérie à l'Europe ne prennent le relai. Il importe, en outre, de rappeler que l'Algérie, le Niger et le Nigeria, à leur tour, ont signé, le 28 juillet 2022, un mémorandum d'entente pour concrétiser le projet en question. « Cette démarche démontre la volonté des trois acteurs de redynamiser un projet ayant une dimension régionale et internationale, visant prioritairement le développement social et économique de nos pays », a expliqué alors le ministre algérien de l'Énergie. Question coûts, ce gazoduc sera beaucoup moins cher que celui qu'on voudrait transiter par le Maroc. Selon des estimations datant de 2009, il nécessiterait une dizaine de milliards de dollars et beaucoup moins de temps.

C'est dire que sur le plan chiffres – distance, coûts et durée de réalisation –, l'Algérie l'emporte largement sur le Maroc. Mais il est certain que d'autres critères entreront en jeu. Aussi le jeu des alliances régionales et internationales aura son mot à dire dans cette guerre des gazoducs. À suivre…