De nombreux cimetières chrétiens et juifs sont en fort mauvais état, en Algérie. Ces lieux ont été abandonnés depuis l'indépendance de l'Algérie et ne sont ni protégés ni entretenus. Depuis quelques années, des initiatives ont été prises pour « redonner vie » à ces cimetières. Cependant, elles ne sont pas suffisantes du moment que la réhabilitation de ces cimetières demande surtout une volonté politique de la part de la France et de l'Algérie.

C'est ce que met en avant un reportage poignant du journal Le Monde. En effet, selon ce journal, des rapatriés français et bénévoles algériens se mobilisent pour sauver les cimetières chrétiens et juifs à l'abandon. Organisés en association des Amis des cimetières de Saint-Eugène (ACSE), ces rapatriés luttent pour la sauvegarde de la plus grande nécropole européenne d'Algérie. Ouail Laabassi, l'un des membres de cette association affirme avoir découvert  une dizaine de tombes de soldats « morts pour la France » alignées face à la mer et rongées par les ronces.

Pour réhabiliter ce lieu, cette association compte « déposer une demande de rénovation au ministère français des armées » dans l'espoir d'une réponse positive. Par le passé, cette association qui réunit les familles de rapatriés et bénévoles algériens est déjà parvenue à convaincre le gouvernement français de financer la restauration d'un carré militaire et un monument aux morts construits après la première Guerre mondiale dans la partie juive du cimetière de Bologhine. Le ministère a débloqué 115'000 euros pour cette opération. « Les sépultures militaires, c'est l'affaire de l'armée française », indique Ouail Laabassi.

Il faut dire que 60 ans après l'indépendance de l'Algérie, l'entretien de ces cimetières est au centre de désaccords administratifs entre la France et l'Algérie. La responsabilité n'est pas clairement définie, alors qu'ils sont sur le territoire algérien.

En 2022, le constat sur l'état de ces cimetières est amer.  Ils ont été vandalisés, grignotés par des constructions illégales et même  menacés de destruction. À titre illustratif, les carrés juifs et chrétiens ont été rasés en 2018 par des promoteurs immobiliers à l'insu de la municipalité, affirme le journal[1]En Algérie, la mémoire en péril des cimetières chrétiens et juifs. Jean-Jacques Lion, président du Collectif de sauvegarde cimetière Oranie (CSCO), indique que « chaque jour, des tombes disparaissent. Il faut se dépêcher de sauver ce qui reste à sauver ». À Alger également, notamment à Bologhine, tout part en lambeaux. Le site, qui s'étend sur 18 hectares, se dégrade malgré sa proximité avec la représentation diplomatique française.

Le rapprochement entre Alger et Paris va-t-il redonner vie aux cimetières chrétiens et juifs en Algérie ?

Sur ce site également, des ossements à l'air libre, des tombes éventrées par des troncs d'arbre quand elles ne sont pas ensevelies sous les broussailles et les mauvaises herbes. Dans ce lieu, un columbarium israélite soutenu depuis des années par des étais provisoires sur le point de s'écrouler. « Il faut consolider les murs de soutènement, désherber en profondeur, refaire les canalisations », alerte le président de l'ASCE.

Devant cette situation, un évènement politique redonne espoir aux héritiers de ces sépultures. En effet, depuis le réchauffement des relations entre l'Algérie et la France, ce dossier est repris en main. Dans la déclaration commune signée par Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune, le 27 août, les deux parties se sont engagées à renforcer « l'entretien des cimetières européens et la valorisation de leur patrimoine funéraire exceptionnel ». Dans ce cadre, une délégation française doit se rendre en Algérie pour effectuer un inventaire patrimonial. L'Élysée préconise également la création d'un service spécifiquement dédié à l'entretien des sépultures civiles françaises en Algérie afin d'avoir une « vision sur le long terme, de clarifier le rôle de chacun, de coordonner les actions ».