Le monde connait des bouleversements sur plusieurs plans depuis le début de la guerre en Ukraine. L'énergie est devenue un enjeu crucial dans les relations internationales. Les pays producteurs de pétrole et de gaz prennent une place importante dans l'échiquier international. C'est dans ce sens que l'expert américain en géopolitique James Durso conseille son pays de renforcer ses relations avec l'Algérie.  

En effet, l'ancien directeur général d'AKM Consulting, un fournisseur de services de développement commercial et de gestion de projets internationaux en Asie centrale et du Sud-Ouest, a écrit une tribune dans le journal OILPRICE[1]Why Washington Needs A Friendlier Approach To This Major Gas Producer, OilPrice pour décortiquer les relations entre l'Algérie et les États-Unis d'Amérique. L'expert est revenu sur l'appel des élus américains de sanctionner l'Algérie en raison de ses achats d'arme à la Russie en s'interrogeant pourquoi l'Algérie, et pourquoi maintenant ?

Comme éléments de réponse, il explique que l'Algérie « trace une voie indépendante... entretient des liens étroits avec la Russie et la Chine. L'Algérie critique sévèrement Israël, s'est opposée à l'invasion américaine de l'Irak en 2003 et à l'intervention de l'OTAN en Libye en 2011, a dénoncé les accords d'Abraham, qui reconnaissaient la revendication du Maroc voisin sur le Sahara occidental, et entretient des relations avec le gouvernement Assad en Syrie ». L'expert ajoute que « l'Algérie possède respectivement les 11e et 16e plus grandes réserves prouvées de gaz naturel et de pétrole au monde, et était le 10e plus grand producteur de gaz naturel en 2019. On estime également qu'elle a la 3e plus grande réserve de gaz de schiste récupérables dans le monde ».

Revenant au vif du sujet, James Durso rappelle que « les relations de l'Algérie avec les États-Unis ont démarré lentement dans les années 1960, mais ont généralement été positives. Dans les années 1950, les administrations Truman et Eisenhower ont soutenu la France en Algérie, mais le président Kennedy a approuvé l'indépendance de l'Algérie. L'Algérie a servi de médiateur dans les négociations entre les États-Unis et l'Iran qui ont abouti à la libération des 52 otages américains après 444 jours de captivité. L'Algérie a également offert son soutien aux États-Unis à la suite du 11 septembre et a coopéré aux opérations de lutte contre le terrorisme ».

L'Amérique n'a pas intérêt à être hostile à l'Algérie

L'expert avertit que « la mentalité américaine du "vous êtes soit avec nous, soit avec les terroristes" ne tient pas compte de la coopération passée et des relations positives. Washington est apparemment incapable de croire qu'une nation puisse préférer s'occuper d'abord de ses propres intérêts et voit toute réticence à se placer sous l'emprise de l'Amérique comme se rangeant du côté de l'ennemi du jour ». Il explique que même si les décideurs américains peuvent « avoir une inquiétude légitime quant aux revenus que la Russie tire de l'Algérie, bien qu'un accord d'armement de 7 milliards de dollars ne soit rien à côté de l'argent illimité que Washington remet à Kiev », ces mêmes décideurs devraient plutôt faire « la promotion d'entrepreneurs de la défense américains pour capter les ventes algériennes, bien que s'attendre à ce qu'Alger jette tout son inventaire fourni par la Russie est un vœu pieux ».

L'expert américain espère dans sa tribune que « les têtes froides prévaudront et que Washington ne s'aliénera pas un pays avec lequel l'Union européenne cherche un "partenariat stratégique à long terme" pour le gaz naturel et l'électricité. Et la France cherche à réparer les relations via la coopération économique, bien que la Chine soit désormais le plus grand partenaire commercial de l'Algérie. Si l'Europe attend plus d'énergie de l'Algérie ou d'ailleurs en Afrique, elle devra peut-être trouver de l'argent pour financer l'expansion de la production, ou participer au gazoduc transsaharien de 1 500 milles qui acheminera le gaz nigérian vers l'Europe via l'Algérie ».

James Durso conclut que « l'Europe peut être un avocat efficace de l'Algérie à Washington, si elle peut faire comprendre à l'administration que l'intérêt de l'Amérique dans une Europe sûre est mieux servi par une Algérie cordiale avec les États-Unis, mais indépendante, ne cherchant qu'à progresser en des relations mutuellement respectueuses avec des partenaires pratiques ».