L'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) regroupe 88 États (54 membres, 7 membres associés et 27 observateurs). La répartition géographique fait apparaître que le continent africain se taille la part du lion avec 28 pays membres. Malgré cette présence en force, 11 pays africains seulement ont adopté le français comme unique langue officielle. Dans le reste des États africains membres de l'OIF, la langue française est reléguée au rang de langue d'apprentissage dans l'enseignement ou de complément linguistique.

C'est pour dire qu'après plusieurs décennies de « domination »,  l'influence de la France ne cesse de reculer dans de nombreux pays d'Afrique. Un pays francophone comme le Sénégal a par exemple a introduit l'enseignement de langues locales de même que l'apprentissage de l'anglais dès le bas âge. Plus récemment encore, le Rwanda, une ancienne colonie française, a décidé de se tourner vers la langue de Shakespeare et a relégué celle de Molière au second rang.

L'Algérie, qui ne fait pas partie de l'OIF et dont le français a été durant plusieurs années une langue de l'administration et surtout de l'enseignement, a décidé elle aussi de prendre ses distances avec la langue de l'ancien colonisateur. L'introduction de l'anglais pour la première fois dans l'enseignement primaire a été vue comme une volonté de l'État algérien de se départir du français. Une langue qui ne cesse de faire l'objet d'attaques au sein de certaines franges de la société algérienne.

L'usage du français recule dans les organisations internationales

C'est dans ce contexte marqué par un recul de l'usage du français en Afrique qu'aura lieu, les 19 et 20 novembre prochain, le 18e sommet de la francophonie à Djerba, en Tunisie. Dans un entretien ce lundi 14 novembre à l'AFP, Louise Mushikiwabo, secrétaire générale de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), souligne que selon les derniers chiffres de l'OIF, le nombre de locuteurs en français est passé de 300 millions en 2018 à 321 millions en 2022, soit une « augmentation de 7 % » qui vient du continent africain.

Un chiffre qui en dit long sur le poids du continent africain dans la préservation de l'usage du français dans le monde. D'ailleurs, la SG de l'OIF a reconnu que l'usage du français recule dans les organisations internationales. « On se rend compte d'après nos rapports que dans les organisations internationales, il y a eu un recul du français », constate Louise Mushikiwabo dans son entretien à l'AFP. Une situation qui devra inciter les membres de l'OIF à « redoubler d'efforts pour que la langue française continue à occuper sa place », selon elle.

« La langue française n'est pas prête à quitter le continent africain », affirme la SG de l'OIF

Pour la SG de l'OIF, les récents mouvements populaires anti-France enregistrés dans plusieurs pays francophones de l'Afrique ne sont pas un signe de rejet de la langue française. « La révolte qu'on voit dans la jeunesse francophone en Afrique vient d'un désenchantement politique des frustrations du quotidien et vis-à-vis de la classe dirigeante et par extension de la France qui est l'ancien pouvoir colonial », affirme-t-elle.

« Ce n'est pas du tout un rejet de la langue française », estime l'ancienne ministre rwandaise des Affaires étrangères. « Ces pays ont investi énormément dans la langue française pour l'éducation, la communication […] La langue française n'est pas prête à quitter le continent africain », juge-t-elle. « Je pense que nos dirigeants ont besoin d'écouter beaucoup plus, de faire attention aux citoyens, c'est pour cela que nos programmes à l'OIF ont été recentrés et resserrés pour créer un impact sur les citoyens », ajoute-t-elle.