« Nos Frangins », un film tant attendu, sortira le 7 décembre en France. Son réalisateur, qui n’est que le très célèbre franco-algérien Rachid Bouchareb, a décidé de mettre plus de lumière sur l’affaire Malik Oussekine, un étudiant d’origine algérienne de 22 ans, frappé à mort par des policiers en moto, dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986, alors qu’il se trouvait près de La Sorbonne où se déroulaient des manifestations d’étudiants contre un projet de réforme universitaire. Et plus d’un quart d’un siècle après, le célèbre réalisateur fait le même constat : la France n’a pas trop changé depuis.

Dans un entretien qu’il a accordé au Middle East Eye, le réalisateur, qui connaît l’Hexagone sur le bout des doigts, estime que le « racisme s’est banalisé alors que l’immigration est devenue un fonds de commerce, surtout en période électorale ». « Le comble, ajoute-t-il, est qu’aujourd’hui, la France semble avoir besoin de plus d’immigrés pour occuper les emplois délaissés par les Français ». Selon Bouchareb, depuis l’assassinat Malik Oussekine à nos jours, « cela n’a pas vraiment changé ».

Rachid Bouchareb : « Ceux qui étaient tués par les policiers étaient toujours les mêmes »

Pourtant, l’assassinat de Malik Oussekine et la grande mobilisation que l’affaire a suscitée, avec des milliers de manifestants dans la rue, ont permis de lever le voile à cette époque-là sur les violences policières envers les populations issues de l’immigration. « Ceux qui étaient tués par les policiers étaient toujours les mêmes. On avait affaire au même casting (des jeunes issus de l’immigration) tout le temps. Ce qui ne laisse planer aucun doute sur les motivations des auteurs », regrette le célèbre réalisateur.

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Notons que « Nos Frangins » représentera l’Algérie aux Oscars, comme le troisième volet d’un récit générationnel qui se penche, après « Indigènes » et « Hors-la-loi », sur le sort des enfants d’immigrés. « Mon film se conçoit comme le dernier film d’une trilogie à laquelle j’ai réfléchi depuis longtemps. Au tout début, il y a eu « Indigènes » (en 2006), sur les grands-parents engagés pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale, puis « Hors-la-loi » (en 2010), sur les parents qui ont participé, depuis la France, à la lutte pour l’indépendance de l’Algérie. Et maintenant leurs enfants, à travers les histoires de Malik et d’Abdel », déclare Bouchareb. Et d’ajouter : « ces trois films peuvent être vus les uns après les autres. Ils restituent le destin de trois générations successives ».