Ce fut l’un des hauts faits de la diplomatie algérienne, alors à sa tête Mohamed Seddik Benyahia, qui a pesé de tout son poids pour la libération, il y a de cela 43 ans, de 52 otages américains retenus en Iran pendant 444 jours par des manifestants en colère ayant assiégé l’ambassade des États-Unis à Téhéran dans le sillage de la résolution islamique iranienne.

Près d’un demi-siècle après, les Américains ne semblent pas avoir oublié de cet épisode, saluant le rôle de l’Algérie dans cet heureux dénouement. « Le peuple américain sera reconnaissant à jamais pour l’Algérie qui a joué un rôle immense dans cette crise », a ainsi réaffirmé l’ambassadrice US en Algérie Elizabeth Aubin dans une vidéo publiée sur la page Facebook de la représentation diplomatique américaine en Algérie.

La diplomate américaine s’adressait aux Algériens de l’intérieur même de la villa Montfeld située à El-Biar, résidence de l'ambassadeur des États-Unis où se sont déroulée des rencontres secrètes entre de hauts responsables américains et iraniens aboutissant à la libération des otages américains. « C’est un honneur pour moi de vivre dans cette histoire endroit », a encore soutenu l’ambassadrice américaine.

Une des collaboratrices de Mme Aubin n’a pas manqué quant à elle de lire une lettre soussignée par Jimmy Carter, alors 39e président des États-Unis, adressée à Reda Malek, ambassadeur algérien à l’époque. « Grâce à vos efforts et de ceux de vos compatriotes, les 52 otages américains ont été libérés. Le peuple américain vous adresse son respect et son admiration », avait-il notamment écrit dans cette lettre datée du 19 février 1981.

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Ce n’est pas la première fois que l’Algérie est saluée pour sa médiation dans la libération des otages américains retenus en Iran. « Je tiens à remercier le gouvernement et le peuple algériens pour leur action humanitaire et diplomatique. En tant qu'ancien otage, je n'oublierai jamais le rôle de nos collègues diplomates algériens, à l'instar de l'ambassadeur Redha Malek à Washington et l'ambassadeur Abdelkrim Ghrib à Téhéran», avait souligné dans son message de remerciement en janvier 2021 le diplomate américain John Limbert. « Je ne puis oublier les médecins algériens à Téhéran, les équipages des avions d'Air Algérie qui nous ont transportés d'Iran et l'accueil chaleureux qui nous a été réservé à 3 h du matin dans le froid de janvier à l'aéroport Houari-Boumediene », a-t-il ajouté.

Faisant partie lui aussi des otages, il affirmait dans sa vidéo intitulée Merci l’Algérie «avoir eu la chance, cinq ans plus tard, de travailler comme 1er secrétaire à l'ambassade américaine en Algérie », assurant que sa famille et lui n'oublieront pas « la bonté et l'hospitalité du peuple algérien ». « Jamais je n'oublierai votre amitié et ce que vous avez fait pour nous. Mes meilleurs vœux au peuple fier de ce beau pays », a conclu John Limbert dans son message vidéo.

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52  américains retenus en otage

Tout a commencé le 4 novembre 1979, après près de 9 mois de la Révolution iranienne qui avait renversé le Chah d’Iran. Ce jour-là, des manifestants pro-révolution en furie s’introduisent dans le siège de l’ambassade américaine à Téhéran. 52 américains fonctionnaires de l’ambassade sont alors séquestrés.

La prise d’otage durera 444 jours, entre le 4 novembre 1979 et le 20 janvier 1981, plongeant par la suite les relations entre les États-Unis et l'Iran dans une crise diplomatique dont les retombées persistent jusqu’à ce jour. L’incident avaient été justifié par les Iraniens par «une réaction» à l’administration américaine qui a autorisé le Chah de l’Iran déchu Mohammad Reza Pahlavi d’entrer aux territoires américains pour des soins et lui avoir accordé le droit d’asile, ce qui a provoqué l’ire des partisans de la Révolution, qui ont accusé les États-Unis d’avoir « planifié pour saper la Révolution et le faire retourner au pouvoir ».

Deux jours après l’assaut sur l’ambassade, « le Conseil révolutionnaire islamique » a pris le pouvoir dans le pays et déclaré refuser de vendre le pétrole iranien aux États-Unis qui, en représailles, ont interdit les produits de consommation et annoncé le gel des fonds iraniens déposés dans leurs banques. L'Algérie, représentée par Mohamed Seddik Benyahia, alors ministre des Affaires étrangères, n'a pas tardé à intervenir pour résoudre la crise. « L'ancien secrétaire d'État adjoint américain Warren Christopher avait alors fait la navette entre Alger et Washington et avait finalement négocié un accord en vertu duquel les otages ont été libérés en échange d'un dégel des biens iraniens et d'une levée de sanctions contre l'Iran », rappelle-t-on. Le 19 janvier 1981 sont signés les Accords d'Alger par les États-Unis et Iran, marquant le dénouement de la crise des otages américains. Ils sont libérés le lendemain même.