Le retour du froid a été bien accueilli en Algérie après plusieurs jours de chaleur étouffante. La pluie et la neige sont une bénédiction pour le pays. Cependant, affronter le froid et le vent, qui est le quotidien des sans-abri en Algérie, n'est pas évident. Et certains le payent de leur vie. C'est le cas de Borsali Fella, disparue dans l'anonymat, lors d'une nuit glaciale à Annaba. Une disparition, ou mort pour utiliser un mot cru, qui a secoué la ville de l'Est algérien et qui a ému la toile algérienne.
Oui en Algérie on meurt de froid en 2023. Pourtant, Borsali Fella n'était pas destinée à mourir dans l'anonymat. Elle est docteur en biologie. Elle a étudié à la Sorbonne et y est devenue professeur. La défunte a préféré pourtant retourner dans son pays. Au long de son parcours, elle a apporté son expérience de professeur à l'université d'Annaba, département de biologie. Elle a également travaillé comme cadre dans plusieurs laboratoires nationaux.
Cette professeur a donc succombé au froid. Elle est partie par une nuit glaciale sur les trottoirs de la ville. Cette mort de plus, ou cette mort de trop, interpelle sur le phénomène des sans domiciles fixes qui prend de plus en plus d'ampleur en Algérie. Borsali Fella est partie dans l'anonymat. On ne sait rien de sa vie à part les quelques bribes publiées sur les réseaux sociaux. Selon certains, cette femme a des problèmes psychologiques. Elle a une retraite et une maison. Cependant elle n'a pas été prise en charge. Comme elle, ils sont nombreux à survivre dans l'anonymat.
Nouveaux éléments dans l'affaire du décès de Borsali Fella
Le journaliste Mustapha Bendjama, du journal Le Provincial, a apporté de nouveaux éléments quelques heures après le décès de Borsali Fella. Il écrit « ...j’ai donc pensé qu’il s’agissait d’une fake news. J’ai appelé quelques profs du département de biologie, où l’on dit que la défunte a enseigné. Là encore personne ne semblait la connaître ou se souvenir d’elle. L’hypothèse de la fake news destinée à rendre cette "histoire" encore plus tragique qu’elle ne l’est déjà. Même si, je dois encore le préciser, afin d’éviter les fausses interprétations : l’existence ou pas d’un diplôme n’enlève rien au caractère tragique de ce drame. Il s’agit d’un être humain qui a perdu la vie, seul, en pleine rue, dans des conditions météo insupportables. Cela ne devrait pas arriver ! Hélas, c’est arrivé ».
Le journaliste apporte donc des éclaircissements à cette affaire, il ajoute « toujours en quête de vérité, nous avons contacté le recteur de l’université d’Annaba qui, après avoir consulté les archives, nous a affirmé que la défunte était titulaire d’un diplôme d’études supérieures (DES) en biochimie au même établissement d’enseignement supérieur. Elle avait enseigné durant une année à la même université en tant que vacataire chargée de TD, avant de bénéficier d’une bourse d’études en France, où pour des raisons familiales (le décès de son époux et son fils) en 1988, elle est revenue en Algérie, tout comme les autres bénéficiaires de la bourse d’études. Tous (ou presque) sont devenus des profs de biologie à l’université. Elle n’a pas pu l’être, puisqu’elle souffrait déjà des troubles psychiatriques (dus probablement au choc émotionnel qu’elle avait subi) ».
Cependant, il faut dire que ce phénomène n'est ni pris en considération et peut pris en charge. Les centres d’accueil dédiés pour contenir ce problème, en particulier durant la période hivernale, sont peu nombreux. En Algérie, il suffit de parcourir les rues pour découvrir des scènes affligeantes. Mendiants et SDF se mêlent, mais restent invisibles. Tôt le matin, hommes et femmes, tous âges confondus, sont étendus sur les trottoirs des principales rues ou dans les recoins des places publiques. Ils sont nombreux à survivre même sans couvertures ni vêtements chauds. Ces scènes insupportables sont quotidiennes.
Une docteur en biologie meurt en SDF : Le démenti du wali d'Annaba
Dans la soirée du 24 janvier, alors que ce drame a fait le tour de la toile, le wali d'Oran a publié un communiqué sous forme de démenti. Dans ce démenti, le wali reconnait la mort de cette femme, mais explique que la défunte a une maison et une retraite. Il a affirmé qu'elle est atteinte de troubles psychologiques qui font « qu'elle abandonne de temps à autre son domicile familial ». Le Wali assure dans le communiqué que les SDF sont pris en charge par les autorités de la willaya.
Ce communiqué a été également commenté sur les réseaux sociaux. Une internaute écrit : « il justifie la non-prise en charge de la victime par le fait qu’elle possédait un logement ! Or, ces cas-là ont plutôt besoin d’une prise en charge dans un milieu hospitalier adéquat ». Un autre internaute note que « le démenti » du wali d'Annaba est très maladroit. Comble de l'indifférence, « il n'a même pas estimé utile de présenter ses condoléances ».