Gisèle Halimi et l'Algérie : Benjamin Stora témoigne

Avocate, femme politique et écrivaine, Gisèle Halimi a fait de sa vie non seulement un combat pour le droit des femmes, mais, et aussi pour la défense des causes justes. Les Algériens la connaissent pour avoir été une des ferventes défenseuses de la cause nationale lors de la guerre de libération de l'Algérie à partir des années 1950. Elle avait défendu notamment, en 1960, Djamila Boupacha, militante du FLN. Cette icône du combat féministe et de celui de la libération des peuples revient au-devant de l'actualité en raison de l'hommage que le président français Emmanuel Macron a décidé de lui rendre. Un hommage qui fait polémique en France. 

C'est dans ce contexte que l'historien Benjamin Stora a tenu à rendre hommage à cette icône dans une tribune de l'Obs. L'historien commence par rappeler qu'il faisait « partie du petit cercle des invités de Gisèle Halimi au moment de la remise de la Légion d’honneur, reçue des mains du président de la République Jacques Chirac, à l’Élysée, en septembre 2006 ». Benjamin Stora est également revenu sur le parcours de la militante infatigable concernant le combat pour l'égalité homme femme : « on connaît les batailles que Gisèle Halimi, née en Tunisie dans une famille juive, a menées pour se libérer du poids des traditions religieuses et de la pesanteur du patriarcat très présent dans les sociétés méditerranéennes. On sait aussi toute son action en faveur de la libération des femmes en France, avec le retentissant procès de Bobigny en octobre 1972, contre le viol et pour le droit à l’avortement, au procès d’Aix-en-Provence en 1978 ».

Combat pour l'indépendance de l'Algérie

Cependant, l'historien affirme qu'une bonne partie du combat de cette femme a été négligée. « Au moment de son décès en 2020, la presse française s’est peu intéressée à ce qui a été un moment important de sa vie : son combat contre le système colonial et son appui aux mouvements nationalistes et indépendantistes algériens », indique-t-il.

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Benjamin Stora, qui raconte sa rencontre avec Gisèle Halimi, ne tarit pas d'éloge sur cette militante. « Elle est apparue devant moi comme une femme libre, d’une extrême franchise, ne reniant en rien ses combats et ses engagements passés. Nous avons parlé de sa bataille en faveur de Djamila Boupacha, qui avait été torturée et violée par des militaires français. Gisèle Halimi était son avocate, et l’action menée avec Simone de Beauvoir avait permis de lui sauver la vie. Lorsque nous avons abordé le sujet difficile de l’attitude de la gauche française pendant la décolonisation, elle a conservé ses accents de femme engagée, de femme libre, de femme passionnée dans la recherche de la vérité », affirme l'historien, pour dire que l'avocate ne s'est jamais enfermée dans des cadres même si elle était proche de la gauche française.

Gisèle Halimi et Kahina

Dans son témoignage l'historien revient également sur une anecdote qui l'a marqué. « Je n’oublie pas une autre histoire. Au milieu des années 2000, je l’ai aidée pour des recherches historiques, dans la rédaction d’un de ses derniers livres, « la Kahina », un roman historique, récit flamboyant d’une femme guerrière des Aurès, à la lisière entre l’Algérie et la Tunisie, qui a résisté les armes à la main à l’invasion de cavaliers arabes au VIIIe siècle », écrit-il, en rappelant que Gisèle Halimi écrivait : « mon grand-père paternel me racontait souvent, par bribes, l’épopée de la Kahina. Cette femme qui chevauchait à la tête de ses armées, les cheveux couleur de miel lui coulant jusqu’aux reins. Vêtue d’une tunique rouge – enfant, je l’imaginais ainsi –, d’une grande beauté, disent les historiens. […] Devineresse, cette pasionaria berbère tint en échec, pendant cinq années, les troupes de l’Arabe Hassan. Ces quelques lignes sont extraites du "Lait de l’oranger", écrit en 1988, et qui continue mon récit autobiographique initié avec La Cause des femmes. J’ai voulu clore ce cycle par la Kahina. Dans son contexte historique, je l’ai fait vivre, aimer, guerroyer, mourir. Comme mon père, Édouard le magnifique, l’aurait peut-être imaginée. La Kahina était-elle son ancêtre ? Peut-être. L’ai-je aimée en la faisant revivre. Oui. Passionnément ».


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