Dans un discours prononcé, dimanche 29 décembre, devant le Parlement algérien réuni en Congrès, le Chef de l'Etat algérien Abdelmadjid Tebboune a évoqué un geste hautement symbolique : l’érection d’une statue géante de l’Émir Abdelkader à Paris. Cette déclaration s’inscrit dans un contexte de relations tendues entre l’Algérie et la France, marqué par des différends sur la mémoire coloniale, et Tebboune cherche plutôt à tester la bonne foi des autorités françaises.
Dans une allocution au Palais des Nations à Alger, le président Tebboune a abordé le dossier épineux du passé colonial, qualifiant la colonisation française en Algérie de véritable "crime contre l’humanité". Il a rappelé que plus de 5,6 millions d’Algériens ont perdu la vie pendant cette période, dénonçant des actes qu’il a qualifiés de génocidaires, tels que les massacres de mai 1945 ou l’enfumage des grottes, notamment celle de la tribu des Ouled-Riah, dans le Dahra.
Tebboune dézingue ceux qui vantent les "soi-disant bienfaits" de la colonisation
Le chef de l’État a également critiqué les tentatives de certains milieux français de minimiser ces exactions en vantant les soi-disant bienfaits de la colonisation. "À l’indépendance, 90% du peuple algérien était analphabète", a rappelé Tebboune en réponse à ceux qui parlent encore des "bienfaits" de la colonisation, ajoutant qu' "ils parlent de civilisation alors qu’ils se vantent d’avoir pris des crânes comme des butins de guerre".
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Le président algérien a précisé qu’il ne réclamait pas d’excuses officielles ni de réparations financières, mais exigeait une reconnaissance claire des crimes commis. "Nous ne demandons ni euros ni dollars, mais la dignité de nos ancêtres", a-t-il insisté. Cette position reflète une volonté de préserver la mémoire collective tout en rejetant les accusations d’exploitation politique du sujet.
L'Algérie ne veut ni excuses, ni réparations financières, martèle le président
L’idée d’une statue de l’Émir Abdelkader, figure emblématique de la résistance algérienne, symboliserait un acte fort de réconciliation historique. Ce geste serait également en cohérence avec la proposition formulée par l’historien Benjamin Stora dans son rapport remis à Emmanuel Macron en 2021.
Cependant, les revendications algériennes vont bien au-delà de cette suggestion. Alger réclame la restitution d’objets historiques ayant appartenu à l’Émir Abdelkader, notamment son épée, son burnous, son Coran, ses canons et sa tente. Or, selon le ministre algérien des Affaires étrangères, Paris n'a pas vraiment montré une volonté de répondre favorablement à ces requêtes.
Ce débat s’inscrit dans une dynamique plus large de tensions mémorielles entre les deux pays. Pour l’Algérie, il ne s’agit pas seulement de tourner la page du passé, mais de restaurer la dignité de ceux qui ont souffert de la colonisation. "Je ne laisserai pas tomber la mémoire pour être qualifié de démocrate", a affirmé Tebboune, réitérant son engagement à défendre l’héritage historique algérien.
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