L’Algérie exige de la France la décontamination des anciens sites d’essais nucléaires menés entre 1960 et 1966 dans le Sahara. Ces expérimentations ont laissé un lourd héritage environnemental et sanitaire, devenant un enjeu majeur des tensions diplomatiques entre les deux pays, sur fond de mémoire coloniale et de justice historique.
L’héritage des essais nucléaires français dans le Sahara algérien continue d’être un sujet de discorde majeur entre Alger et Paris. Ces essais, menés entre 1960 et 1966, ont laissé des séquelles profondes sur les populations et l’environnement. Malgré des discussions diplomatiques depuis plusieurs décennies, aucune solution concrète n’a été mise en œuvre pour dépolluer les zones affectées.
17 essais nucléaires au cœur du conflit
Entre 1960 et 1966, la France a réalisé 17 essais nucléaires dans le Sahara algérien, sur les sites de Reggane et In Ekker. Ces expérimentations, initiées avant l’indépendance de l’Algérie, ont continué après les accords d’Évian de 1962, grâce à une clause permettant à la France de maintenir ses activités militaires dans certaines régions sahariennes jusqu’en 1967. Ces essais, dont plusieurs étaient souterrains, ont généré d’importants déchets radioactifs, affectant durablement les sols, les eaux et la santé des populations locales.
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Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a récemment rappelé que ces essais avaient fait des ravages non seulement environnementaux, mais aussi humains. Lors d’un discours en décembre 2024, il a déclaré : « Vous êtes devenus une puissance nucléaire, et nous avons hérité des maladies. Venez nettoyer les zones contaminées, nous n’avons que faire de votre argent, mais nous exigeons la reconnaissance et la dignité pour nos citoyens. »
Des conséquences sanitaires et environnementales dramatiques
Les habitants des régions touchées, notamment Adrar, Reggane et In Ekker, rapportent depuis des années une augmentation alarmante des maladies, principalement des cancers. Le bétail, une ressource essentielle pour ces communautés, souffre également des impacts des déchets radioactifs laissés à l’air libre. Selon l’ICAN (Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires), ces déchets, souvent accessibles au public, représentent une menace grave pour la santé et l’environnement.
Le manque d’études officielles sur l’impact de ces essais est dénoncé par de nombreux experts. Le professeur Mostéfa Khiati, auteur de Les Irradiés algériens, un crime d’État, souligne que ni les autorités sanitaires ni les agences environnementales n’ont entrepris d’analyses détaillées des zones contaminées ou de l’évolution des pathologies liées aux radiations.
Des promesses non tenues
Malgré des engagements diplomatiques passés, la question de la décontamination reste en suspens. En 2007, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, un groupe de travail mixte franco-algérien avait été mis en place pour évaluer les sites nucléaires et établir un plan de dépollution. Toutefois, aucune avancée notable n’a suivi. Un accord aurait également été signé en 2012 entre François Hollande et Abdelaziz Bouteflika, mais son application n’a jamais été confirmée.
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En outre, les demandes algériennes pour obtenir les cartes topographiques des zones où les déchets radioactifs ont été enfouis se heurtent à un refus persistant de la part de la France. Cette rétention d’informations complique toute initiative de nettoyage, laissant les régions concernées exposées aux dangers invisibles des radiations.
Le contexte politique et mémoriel
Ce dossier s’inscrit dans un contexte plus large de tensions mémorielles entre la France et l’Algérie. La question des essais nucléaires est l’un des cinq principaux contentieux qui opposent les deux pays, aux côtés des archives de la colonisation, des disparus de la guerre d’Algérie, et des réparations pour les crimes coloniaux.
Le rapport de l’historien Benjamin Stora, remis en 2021 à Emmanuel Macron, avait recommandé la poursuite des travaux conjoints sur les sites d’essais nucléaires, mais ces propositions sont restées lettre morte. Selon des observateurs, le silence qui entoure ce sujet pourrait être lié aux clauses secrètes des accords d’Évian, qui auraient permis à la France de poursuivre ses expérimentations après l’indépendance.
Un appel à l’action internationale
Face à l’inaction française, l’Algérie a décidé de porter cette question sur la scène internationale. Le Conseil de la nation algérien a récemment adopté une loi exigeant que la France « assume pleinement ses responsabilités historiques, morales et juridiques » dans la décontamination des sites. Le président du Conseil, Salah Goudjil, a insisté pour que cette position soit relayée au-delà des frontières algériennes, soulignant l’importance d’une reconnaissance mondiale des impacts de ces essais.
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La Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires a également appelé la France à respecter le principe du pollueur-payeur, bien qu’elle ne soit pas signataire du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) adopté par l’ONU en 2017.
