Essais nucléaires en Algérie : la France ne veut rien savoir

Le 13 février 1960, la France entamait ses essais nucléaires en Algérie, une opération baptisée Gerboise bleue. Le premier essai, suivi de seize autres jusqu’en 1966, a eu des conséquences environnementales et sanitaires encore visibles aujourd’hui. Pourtant, Paris continue d’opposer un silence persistant aux demandes d’Alger, notamment sur la décontamination des sites et la reconnaissance des victimes.

L’explosion de Gerboise bleue, réalisée à Reggane dans le sud algérien, a généré un nuage radioactif qui s’est propagé bien au-delà des prévisions officielles. En quelques jours, des particules contaminées ont atteint la Libye, le Tchad, le Niger, et même l’Espagne et la Sicile, selon un article du quotidien algérien El Watan. Pourtant, en 2007, une carte officielle du ministère français de la Défense a minimisé l’étendue des retombées, réduisant la zone touchée à un secteur désertique limité. Cette version des faits a servi de base pour restreindre l’indemnisation des victimes des essais nucléaires.

Des documents toujours classés secret-défense

Les autorités françaises continuent de restreindre l’accès aux archives sur les essais nucléaires. En 2013, seules 5 % des archives ont été déclassifiées, laissant la majorité des informations confidentielles. Plusieurs études indépendantes ont pourtant prouvé que 12 des 13 essais souterrains menés à In Ekker entre 1961 et 1966 avaient entraîné des fuites radioactives.

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L’Observatoire des armements souligne que la présence de déchets nucléaires enfouis dans le désert algérien pose encore aujourd’hui un risque sanitaire et écologique majeur. En 2021, l’Algérie a demandé la réhabilitation des sites contaminés et la remise des cartes de localisation des déchets enfouis, restées jusque-là inaccessibles.

Un système d’indemnisation quasi inexistant

La loi Morin, votée en 2010, permet aux victimes des essais nucléaires de déposer une demande d’indemnisation. Mais en pratique, le nombre de dossiers acceptés est infime. En Polynésie, sur 13'000 dossiers recensés, seulement 400 ont été acceptés. En Algérie, seules deux victimes ont obtenu une indemnisation en plus de dix ans.

Les démarches administratives, souvent complexes et entièrement en français, freinent l’accès aux indemnisations. L’Algérie défend donc une approche collective, visant une reconnaissance globale des dommages causés par ces essais et non une indemnisation au cas par cas.

À l’occasion du 65e anniversaire de Gerboise bleue, plusieurs voix continuent de réclamer justice. L’Algérie exige des réparations, mais aussi un accès total aux archives pour évaluer l’impact réel des essais nucléaires. De son côté, Paris reste dans le déni, renforçant le secret-défense et repoussant toute responsabilité sur ce passé radioactif.

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