Le ministre des Finances, Abdelkrim Bouzred, a affirmé que l’ouverture des bureaux de change officiels en Algérie n’a, à ce jour, suscité aucune demande. Cette déclaration a été faite, jeudi 19 juin 2025, lors d’une séance plénière au Conseil de la nation, consacrée au projet de loi de règlement budgétaire pour l’exercice 2022.
Le ministre a rappelé que la Banque d’Algérie avait mis en place, dès novembre 2023, un règlement encadrant l’ouverture des bureaux de change, mais que cela n’a été suivi d’aucune manifestation d’intérêt de la part d’opérateurs économiques. « Il n’y a pas de demandes pour une licence d’ouverture d’un bureau de change », a-t-il déclaré, en ajoutant que « les pouvoirs publics ont fait ce qu’il fallait faire dans ce domaine ».
Cette inertie contraste avec les attentes suscitées par la réforme. Le cadre légal est clair, mais l’absence d’initiatives privées met en lumière les limites du modèle proposé dans un contexte économique bien particulier.
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Des écarts de taux décourageants en Algérie
Le désintérêt constaté s’explique en partie par la coexistence d’un marché parallèle très actif, où les taux de change sont nettement plus avantageux pour les détenteurs de devises. À Alger, au niveau du Square Port Saïd, l’euro s’échange autour de 260 dinars, contre 150 dinars au taux officiel. Le dollar américain atteint environ 230 dinars dans l’informel, pour 130 dinars officiellement.
Face à de tels écarts, les investisseurs n’envisagent pas de s’aligner sur les taux de la Banque d’Algérie, ce qui rend le modèle économique des bureaux de change peu viable dans sa forme actuelle. Pour un particulier, la différence de taux représente jusqu’à 100'000 dinars pour 1000 euros, un argument de poids en faveur du marché parallèle.
Un projet en suspens faute d’attractivité
En l’état, aucun acteur bancaire ou privé ne semble disposé à engager des fonds dans un secteur où les règles officielles s’opposent aux réalités de marché. Bien que le gouvernement affirme avoir préparé le terrain juridique, l’absence de demandes souligne un décalage entre l’intention réglementaire et l’intérêt économique.
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Tant que les taux officiels ne seront pas réalignés avec les réalités du marché algérien ou qu’une incitation sérieuse ne sera proposée, la création de bureaux de change risque de demeurer théorique. Le dispositif, pourtant attendu comme un outil de lutte contre le marché noir, reste sans impact concret à ce jour.
