Algérie : zéro importation de blé français depuis 2024

L’Algérie, autrefois premier client du blé français, n’a pas importé une seule tonne depuis 2024. Cette rupture marque un tournant dans les échanges commerciaux entre les deux pays, alors que la France fournissait jusqu’à 80 % des besoins algériens il y a encore quelques années. Les tensions diplomatiques et la concurrence accrue des pays de la mer Noire expliquent en grande partie cette situation.

Entre 2019 et 2024, les exportations de blé français vers l'Algérie ont connu une chute vertigineuse. Alors que la France avait fourni près de 5 millions de tonnes en 2019, représentant une valeur approchant le milliard d'euros, les opérateurs français n'ont plus expédié la moindre cargaison vers ce marché historique au cours des deux dernières années.

Dans une déclaration au média spécialisé Pleinchamp, Xavier Cassedanne, ingénieur d'affaires céréales au Crédit Agricole, a confirmé cette tendance. Il a souligné que 'l'Algérie, historiquement premier importateur de blé tendre français, a totalement disparu de nos clients depuis deux ans', précisant qu'aucune tonne n'avait été exportée vers ce pays pendant la campagne 2024-2025."

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La dégradation des relations entre Paris et Alger a joué un rôle dans cette rupture. La crise a éclaté fin juillet 2024, après la reconnaissance par Emmanuel Macron de la prétendue souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Depuis, les tensions n’ont cessé de s’aggraver, affectant directement les échanges économiques. « Les relations diplomatiques entre la France et l’Algérie sont catastrophiques, ce qui laisse peu d’espoir quant au fait que l’Algérie privilégie encore l’origine française dans ses futurs appels d’offres », souligne Xavier Cassedanne.

La montée en puissance des fournisseurs de la mer Noire

Face au retrait français, l’Algérie s’est tournée vers d’autres origines, notamment la Russie et l’Ukraine. Mi-juillet 2025, un appel d’offres international lancé par l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) a abouti à l’achat d’un million de tonnes de blé tendre, exclusivement sourcé de la région de la mer Noire (Russie, Ukraine, Bulgarie) et de la Baltique. La France, absente de ce marché, voit ainsi son influence reculer face à des concurrents aux prix plus compétitifs.

Selon les données du Département américain de l’agriculture (USDA), la Russie a renforcé sa position en Afrique du Nord, avec plus de 13,5 millions de tonnes exportées vers la région en 2024-2025. Elle représente désormais 42 % des importations, contre 25 % pour l’Union européenne. L’Égypte, la Tunisie et le Maroc sont désormais largement approvisionnés par Moscou, tandis que l’Ukraine reprend progressivement ses exportations malgré la guerre.

Avec une production estimée à 33 millions de tonnes pour la campagne 2025-2026, la France prévoit d’exporter environ 8 millions de tonnes de blé tendre. Mais sans le marché algérien, la filière céréalière française doit trouver de nouveaux débouchés pour éviter un engorgement des stocks. « Ce retrait fragilise considérablement un débouché majeur pour le blé français », conclut Xavier Cassedanne.

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