Le groupe industriel algérien Cevital enregistre un revers majeur sur le marché européen. Le tribunal des activités économiques de Nanterre a prononcé la liquidation judiciaire de sa filiale française Brandt. Cette décision met un terme à dix ans de présence du groupe algérien dans l'électroménager français et entraîne la disparition d'un acteur centenaire.
Le tribunal des activités économiques (TAE) de Nanterre a rejeté ce jeudi 11 décembre 2025 l'unique projet de reprise déposé pour le groupe Brandt. Ce projet, présenté sous forme de société coopérative et participative (Scop) par les salariés avec le soutien du groupe Revive, avait reçu l'appui des pouvoirs publics. Le tribunal a considéré que ce plan ne présentait pas les garanties suffisantes de viabilité financière.
Cette décision de liquidation entraîne la suppression d'environ 700 emplois au sein du groupe Brandt. Le président de la région Centre-Val de Loire, François Bonneau, a qualifié la situation de « traumatisme » pour les salariés. Il a annoncé se rendre dans la journée auprès des employés de l'usine située près d'Orléans. Le groupe Brandt comptait deux usines en France, en Centre-Val de Loire, un centre de service après-vente à Saint-Ouen-L'Aumône dans le Val-d'Oise, et son siège social à Rueil-Malmaison dans les Hauts-de-Seine.
Économie Hydrogène vert en Algérie : l’intérêt allemand grandit autour du projet SoutH2 Corridor
Les réactions politiques et l'échec du sauvetage
Le gouvernement français a exprimé sa « profonde tristesse » dans un communiqué cosigné par le ministre de l'Économie et des Finances, Roland Lescure, et le ministre délégué à l'Industrie, Sébastien Martin. Les deux ministres ont déploré la disparition d'« un fleuron français », rappelant que l'État s'était engagé à hauteur de 5 millions d'euros et que les collectivités territoriales avaient également apporté leur soutien. Ils ont ajouté que « malgré cela, les autres acteurs indispensables n'ont pas souhaité se positionner pour sauver Brandt », faisant implicitement référence au secteur bancaire.
💥 “C’est un traumatisme” : Brandt est liquidé — le dernier grand fabricant d’électroménager français va disparaître, 700 emplois supprimés
C’est une page de l’industrie française qui se tourne. La liquidation judiciaire de Brandt, groupe centenaire et dernier grand nom français… pic.twitter.com/ONtkfB9kxA
— InfoSphere (@infosphfr) December 11, 2025
François Bonneau a indiqué que le montant total des engagements publics s'élevait à « près de 20 millions d'euros ». Le projet de Scop soutenu par le groupe Revive devait permettre de préserver au moins 370 emplois. « On ne comprend pas, les soutiens étaient là, une mobilisation sans précédent avait été faite par les pouvoirs publics », a déclaré le président de région. Il a décrit cette décision comme « un choc et un coup très dur porté à l'industrie française ».
Le contexte industriel et la situation financière
Brandt, entreprise fondée il y a plus d'un siècle, générait un chiffre d'affaires de 260 millions d'euros. Le groupe, propriété du géant algérien Cevital depuis son rachat en 2014, employait environ 700 personnes avant la liquidation. L'entreprise produisait les articles des marques Brandt, Vedette, Sauter et De Dietrich, toutes concernées par la disparition du groupe.
Le secteur du gros électroménager traverse des difficultés structurelles liées au ralentissement du marché immobilier. Les ventes du secteur ont diminué de 3,9 % l'année précédente, après un recul déjà constaté en 2023. Brandt avait été placé en redressement judiciaire avant cette procédure de liquidation, une situation résultant de ces difficultés de marché persistantes et de la dégradation de sa santé financière.
Économie Algérie : la croissance du BTP suscite la convoitise des entreprises espagnoles
Les implications pour Cevital et l'avenir du site
Cette liquidation marque la fin de l'aventure française pour Cevital, qui avait fait de cette acquisition en 2014 un symbole de son implantation européenne. Le groupe algérien devra désormais assumer les conséquences financières de cette liquidation, sans possibilité de reprendre les actifs dans le cadre de la procédure judiciaire en cours.
Les salariés de Brandt bénéficieront du dispositif de reclassement conventionnel massif qui doit être mis en œuvre. François Bonneau a souligné le caractère particulièrement difficile de cette annonce « à la veille de Noël ». La région Centre-Val de Loire, fortement affectée par cette disparition industrielle, devra désormais gérer les conséquences sociales et économiques de la perte de cet employeur historique sur son territoire.
