Le retrait d'Engie du secteur gazier algérien, acté en février 2026, marque un tournant significatif dans les relations économiques et énergétiques entre la France et l'Algérie. Le groupe français a cédé ses parts dans le champ gazier de Touat, un des sites stratégiques du pays, à l'Italien Eni et au Thaïlandais PTTEP.
Bien que cette décision ait été justifiée par un recentrage stratégique de l’entreprise, en phase avec ses engagements climatiques, elle intervient dans un contexte plus complexe, marqué par des tensions sérieuses au Moyen-Orient, où la guerre israélo-américaine contre l'Iran s'est transformée en conflit énergétique mondiale, après la fermeture par les autorités iraniennes du détroit d'Ormuz.
Un départ symptomatique d’un refroidissement des relations
Le départ d’Engie n’est pas un simple ajustement technique dans le portefeuille de l’entreprise. Il s’inscrit dans une dynamique de plus en plus tendue entre la France et l’Algérie, qui s’est aggravée après la reconnaissance par Paris de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Cette position a entraîné une dégradation des relations bilatérales, notamment sur le plan économique.
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En 2024, les échanges commerciaux entre les deux pays ont chuté de manière significative, passant de 11,8 milliards à 5,4 milliards d’euros. Les entreprises françaises du secteur des hydrocarbures, dont Engie, ont particulièrement ressenti cette atmosphère tendue, bien que TotalEnergies, avec des contrats à long terme, ait su maintenir ses positions.
La réorganisation géopolitique de l'Algérie
Le retrait d’Engie révèle également un changement profond dans la stratégie énergétique de l’Algérie. Le pays, en pleine reconfiguration de ses partenariats énergétiques, semble désormais privilégier des acteurs capables de s’engager sur du long terme et d’apporter des avantages géopolitiques immédiats. L’entrée de PTTEP, qui a investi massivement dans l’exploration et la production, témoigne de cette volonté d’élargir les partenariats au-delà des grandes entreprises occidentales, en incluant des acteurs asiatiques.
Parallèlement, l’Italie, via Eni, renforce son rôle de pivot entre l’Algérie et l’Europe, un marché où l’approvisionnement en gaz devient de plus en plus stratégique face à la crise énergétique mondiale. L’Algérie, avec ses infrastructures de gazoducs vers l’Europe, devient un acteur incontournable, bien que son rôle reste limité par ses propres besoins internes en gaz.
Les conséquences pour la France
Pour la France, la perte d'Engie sur le marché algérien représente un véritable coup dur. Non seulement elle symbolise la diminution de l’influence française dans un secteur stratégique, mais elle fait aussi peser des interrogations sur l’avenir de la coopération franco-algérienne. Si la France conserve des liens solides avec l’Algérie dans d’autres secteurs, notamment le militaire et le culturel, la question énergétique, pilier des relations économiques, semble en revanche en voie de fragilisation.
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En définitive, la sortie d’Engie d’Algérie souligne un changement d’équilibre géopolitique et économique, où la France pourrait voir son influence sur le marché de l’énergie progressivement diminuer au profit de nouveaux partenaires stratégiques.
Mauvais timing pour Engie : la guerre contre l'Iran
Ce retrait d'Engie tombe particulièrement mal pour la France, qui se trouve dans une situation énergétique délicate. En effet, au moment où le groupe français quitte ses champs gaziers algériens, les tensions croissantes avec l'Iran et la fermeture du détroit d'Ormuz menacent l'approvisionnement mondial en gaz, en particulier pour l'Europe. Cette instabilité géopolitique rend encore plus difficile la sécurisation des flux énergétiques, et l’Algérie, avec ses infrastructures gazières stratégiques, aurait pu jouer un rôle crucial pour atténuer ces perturbations.
Engie abandonne ainsi un site gazier important en Algérie au moment même où la France aurait grandement bénéficié de sources d’approvisionnement supplémentaires en gaz, notamment face aux incertitudes croissantes sur le marché mondial. Si l'Algérie représente une alternative potentielle, le manque de nouveaux partenariats à long terme pourrait compliquer la situation énergétique de la France dans les mois à venir, alors que la guerre contre l'Iran entraîne de nouvelles vulnérabilités.
