Saipem en Algérie : retour après 16 ans d’absence

Le groupe italien Saipem revient officiellement sur le marché algérien à travers le projet industriel intégré du phosphate à l’Est du pays. Cette reprise intervient après une longue parenthèse liée aux dossiers judiciaires ouverts autour de contrats remontant à 2008.

Le retour de Saipem en Algérie n’est pas une simple annonce industrielle. Il marque la réapparition d’un acteur majeur de l’ingénierie internationale dans un pays où son nom reste associé à l’un des épisodes les plus sensibles des anciennes affaires Sonatrach. Cette fois, l’entreprise italienne revient par la porte du phosphate, un secteur que les autorités algériennes veulent placer au cœur de leur stratégie de diversification économique.

Saipem en Algérie, un retour par un grand projet

La société italienne Saipem, spécialisée dans l’ingénierie, la construction et les services liés aux grands projets énergétiques et industriels, a repris pied en Algérie à travers le projet phosphate intégré de Bled El Hadba, dans l’Est du pays. Selon les éléments rapportés par Echorouk, cette reprise apparaît dans la documentation financière 2025 de l’entreprise, datée d’avril 2026, qui fait état du lancement effectif des travaux d’ingénierie pour le compte de Sonatrach.

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Cette étape concerne la phase FEED, pour Front End Engineering Design. Il s’agit d’une phase déterminante : elle permet de définir les choix techniques, les plans d’ingénierie, les configurations des unités, les coûts prévisionnels et les grandes options avant l’exécution réelle du projet. Saipem avait déjà annoncé officiellement, le 19 juin 2025, l’attribution par Sonatrach d’un contrat FEED lié au projet phosphate intégré destiné à la production d’engrais en Algérie.

Le contrat porte sur la conception d’un complexe industriel comprenant les infrastructures minières de phosphate dans la région de Bled El Hadba, les unités de transformation et de production d’engrais à Oued Keberit, ainsi que des installations annexes nécessaires au fonctionnement de l’ensemble. Saipem précise également que le projet inclut la modernisation du port d’Annaba pour l’exportation des produits, ainsi que la réalisation de tronçons ferroviaires reliant les sites d’extraction et de production à la ligne principale.

Projet phosphate intégré : pourquoi Bled El Hadba est stratégique pour l’Algérie

Le projet de phosphate intégré de Bled El Hadba figure parmi les dossiers industriels les plus suivis en Algérie. Situé dans la wilaya de Tébessa, il doit permettre au pays de valoriser une ressource minière importante tout en développant une industrie locale des engrais. L’objectif dépasse la seule production : il s’agit de créer une filière capable d’alimenter le marché national, de soutenir l’agriculture et de générer des recettes à l’export.

L’architecture du projet repose sur plusieurs pôles. Le phosphate est extrait à Bled El Hadba, puis acheminé vers les unités de transformation situées notamment à Oued Keberit, dans la wilaya de Skikda. Le port d’Annaba doit, lui, jouer un rôle logistique central pour l’exportation. La dimension ferroviaire est également essentielle. L’Agence nationale d’études et de suivi de la réalisation des investissements ferroviaires avait indiqué que le tronçon reliant la mine de Bled El Hadba à la ligne ferroviaire minière Est, long de 23 km, était achevé. Ce raccordement doit permettre le transport du phosphate vers les usines de transformation.

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Le calendrier politique donne aussi une idée de la pression autour du projet. En avril 2026, le président Abdelmadjid Tebboune a fixé l’objectif du lancement des exportations de phosphate de Bled El Hadba à mars 2027 au plus tard, selon l’agence officielle APS.

Dans cette perspective, l’arrivée de Saipem dans la phase d’ingénierie n’est pas anodine. Elle intervient à un moment où les autorités cherchent à accélérer les grands projets industriels tout en donnant des gages de faisabilité technique. Pour l’Algérie, le phosphate représente un levier de diversification hors hydrocarbures, même si Sonatrach reste au cœur du montage et du pilotage de plusieurs segments industriels.

Saipem, Sonatrach 2 et Rhourde Nouss : le poids d’un passé judiciaire

Le retour de Saipem en Algérie reste indissociable de son passé judiciaire dans le pays. L’entreprise italienne avait été éclaboussée par des affaires liées à des contrats conclus dans les années 2000, notamment autour du dossier connu sous le nom de Sonatrach 2 et d’une procédure concernant une offre de 2008 relative au projet Rhourde Nouss QH.

Saipem avait été absente du marché algérien pendant plus de 16 ans après une série de scandales de corruption liés à des marchés obtenus en 2008. En avril 2023, la société a toutefois obtenu une décision judiciaire importante : la Cour d’appel d’Alger l’a entièrement acquittée dans la procédure relative à l’appel d’offres de 2008 concernant le projet Rhourde Nouss. Saipem avait alors salué publiquement cette décision.

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La procédure ne s’est pas arrêtée là. En janvier 2024, Saipem a annoncé que la Cour suprême algérienne avait confirmé l’acquittement prononcé par la Cour d’appel d’Alger le 16 avril 2023, dans le dossier lié à l’appel d’offres de 2008 pour les études du projet Rhourde Nouss QH.

Dans un autre dossier, la Cour d’appel d’Alger avait ordonné la levée du gel de comptes bancaires d’un montant équivalent à 63,2 millions d’euros, selon un communiqué publié par Saipem en décembre 2022. Le texte évoque aussi des comptes bancaires libérés en 2023, avec un solde estimé à environ 63 millions d’euros, ainsi que l’existence de créances commerciales en dinars algériens d’environ 5,025 millions d’euros dans les états financiers du groupe.


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