Gaz et pétrole : l'énorme potentiel des réserves communes entre l'Algérie et la Libye

L'Algérie et la Libye partagent l'un des bassins d'hydrocarbures les plus riches d'Afrique du Nord. Les estimations disponibles font état de volumes considérables de gaz naturel et de pétrole, répartis de part et d'autre d'une frontière tracée sur des formations géologiques qui ne connaissent pas de division. L'exploitation coordonnée de ces ressources a longtemps buté sur des obstacles politiques et techniques, mais des avancées récentes ouvrent une nouvelle phase.

Le bassin de Ghadamès s'étend sur environ 390'000 kilomètres carrés à travers la Libye, l'Algérie et la Tunisie. Selon les données de la plateforme spécialisée Attaqa, basée à Washington, ses réserves sont estimées à 50 trillions de pieds cubes de gaz naturel et 3,5 milliards de barils de pétrole. La Libye détient la plus grande portion géographique du bassin, tandis que l'Algérie en exploite la partie située dans la wilaya d'Illizi.

Deux champs principaux structurent cette zone frontalière. Côté algérien, le champ d'Alrar, découvert en 1980 et mis en production la même année, est exploité par Sonatrach. Ses réserves sont évaluées à 132 milliards de mètres cubes de gaz, soit l'équivalent de 4,6 trillions de pieds cubes. Côté libyen, le champ d'Al-Wafa, situé à 540 kilomètres au sud-ouest de Tripoli et à 160 kilomètres de la ville de Ghadamès, relève de la concession NC-A16. Il est opéré par la société Mellitah Oil and Gas, une coentreprise entre la National Oil Corporation (NOC) libyenne et l'italien Eni. Al-Wafa compte 37 puits et produit environ 37'000 barils de pétrole par jour, auxquels s'ajoutent 22'000 barils équivalent pétrole de gaz naturel.

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Des études techniques qui confirment un réservoir unique

Une étude menée en 2006 par le cabinet américain DeGolyer and MacNaughton a établi que les champs d'Alrar et d'Al-Wafa constituent en réalité un seul et même réservoir, à cheval sur la frontière. Cette conclusion a posé les bases techniques d'une nécessaire coopération entre les deux pays pour éviter une exploitation concurrente qui pourrait endommager le gisement.

L'accord-cadre signé en janvier 2018 entre Sonatrach et la NOC libyenne a relancé ce dossier après des années de blocage. Ce texte prévoit la mise à jour de l'étude de 2006 et l'organisation d'une gestion partagée des deux champs frontaliers. Il a permis à l'Algérie d'augmenter la production d'Alrar, passée de 16 millions de mètres cubes de gaz par jour à 24,7 millions de mètres cubes, moyennant un investissement de 545 millions de dollars. En 2022, le débit quotidien du champ a atteint 724 millions de pieds cubes de gaz, représentant près de 5 % de la production totale algérienne.

Les obstacles politiques et sécuritaires à la coopération

La gestion commune des ressources frontalières a été entravée pendant plusieurs décennies. Sous le régime de Mouammar Kadhafi, les négociations sur le partage de la production n'ont pas abouti. Après 2011, l'instabilité politique en Libye et la fragmentation des autorités ont rendu impossible toute coordination suivie avec Alger.

Côté libyen, le champ d'Al-Wafa a subi les conséquences des interruptions de maintenance et de l'insécurité affectant les infrastructures énergétiques. Sa production est restée en deçà de son potentiel, alors que le gaz extrait alimente le gazoduc Greenstream, long de 520 kilomètres, qui relie le sud libyen à la côte méditerranéenne avec une capacité de transport de 8 milliards de mètres cubes par an.

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Les développements récents et les perspectives techniques

En 2017, Sonatrach a lancé un projet d'extension des installations d'Alrar en partenariat avec le britannique Petrofac et l'italien Bonatti. Le coût de cette opération s'est élevé à 64 milliards de dinars algériens, soit environ 493 millions de dollars au taux de change de l'époque. Les travaux ont porté sur la construction d'unités de séparation et de compression du gaz. En août 2022, un contrat complémentaire a été attribué à Petrofac pour moderniser les installations de traitement avec des technologies de réduction des émissions de carbone.

L'Unité de recherche énergie estime que le champ d'Alrar continuera de produire jusqu'au milieu des années 2040, en raison des investissements réalisés dans le bassin d'Illizi, ceci du côté algérien. Du côté libyen, la remise en état des infrastructures d'Al-Wafa reste conditionnée à la stabilisation du pays. L'expérience de coopération initiée en 2018 pourrait servir de modèle pour d'autres projets énergétiques transfrontaliers en Afrique du Nord, dans un contexte de demande européenne croissante en gaz africain.


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