Le logiciel espion Pegasus a été utilisé pour surveiller des journalistes et des patrons de presse au Maroc, mais aussi en France, selon l’enquête menée par Forbidden Stories et ses partenaires. Des accusations qui ont fait réagir le gouvernement marocain par le biais d’un communiqué officiel ce lundi 19 juillet. Pour sa part, la France, par la voix du porte-parole du gouvernement, a parlé de faits « extrêmement choquants qui, s’ils sont avérés, sont extrêmement graves ». 

Dans un communiqué rendu public ce lundi 19 juillet, le gouvernement marocain affirme qu’il « rejette et condamne catégoriquement ces allégations mensongères dénuées de tout fondement, à l’instar de précédentes allégations semblables d’Amnesty International à ce sujet. Il tient à rappeler à l’opinion publique nationale et internationale que le Maroc est un État de droit, qui garantit le caractère secret des communications personnelles par la force de la Constitution et en vertu des engagements conventionnels du Royaume et des lois et mécanismes judiciaires et non judiciaires garantissant la protection des données à caractère personnel et la cybersécurité à l’ensemble des citoyens et des résidents étrangers au Maroc ».

Les communications personnelles protégées par la loi

Et d’ajouter qu’il « n’est nullement autorisé, par la force de la Constitution, d’accéder ou de publier, totalement ou partiellement, le contenu des communications personnelles ou de les utiliser contre quiconque sauf sur ordre émis par le pouvoir judiciaire indépendant et conformément aux conditions et modalités prévues par la loi. Les appareils chargés de l’application de la loi sont tenus de respecter ses dispositions et ne peuvent agir en dehors de son cadre ».

« Le Maroc n’a jamais acquis de logiciels pour infiltrer des appareils de communication »

Le communiqué précise aussi que « le gouvernement du Royaume du Maroc n’a jamais acquis de logiciels informatiques pour infiltrer des appareils de communication, de même que les autorités marocaines n’ont jamais eu recours à ce genre d’actes, ajoutant que le collectif médiatique, dans l’ensemble des articles de presse qu’il a diffusés, est incapable jusqu’à présent de fournir des preuves pour appuyer ses allégations ».

Le Maroc défie la coalition de presse de « présenter des preuves scientifiques factuelles »

Conscient « des arrière-pensées et des visées derrière la diffusion de ces allégations mensongères et de leur contexte, le gouvernement marocain défie le collectif précité, tout comme il l’avait fait avec Amnesty International, de fournir des preuves réalistes et scientifiques qui peuvent faire l’objet d’une expertise et d’une contre-expertise professionnelles, impartiales et indépendantes sur la véracité de ces allégations », ajoute le communiqué.

« Le gouvernement du Royaume du Maroc se réserve le droit de prendre les mesures qu’il juge appropriées face aux allégations mensongères véhiculées par le collectif précité et qui visent à porter atteinte à l’image du pays, à ses acquis dans le domaine des libertés et droits fondamentaux, à son statut et à ses intérêts suprêmes », conclut le communiqué.

Pegasus : « Ce sont des faits extrêmement choquants » selon le porte-parole du gouvernement français

La France n’a pas tardé à réagir aux accusations d’espionnage révélées par l’enquête menée par Forbidden Stories et ses partenaires. « Ce sont des faits extrêmement choquants qui, s’ils sont avérés, sont extrêmement graves », a déclaré le porte-parole du gouvernement français, Gabriel Attal, ce lundi 19 juillet sur Franceinfo, après les révélations sur le projet Pegasus.

Le logiciel espion a notamment été utilisé par le Maroc pour surveiller des journalistes et des patrons de presse au Maroc, mais aussi en France. Deux journalistes de Mediapart, Lénaïg Bredoux et Edwy Plenel, ont été visés par le logiciel. Le journal en ligne a d’ailleurs indiqué vouloir déposer plainte auprès du procureur de la République de Paris.

« Le gouvernement français est extrêmement attaché à la liberté de la presse », selon Gabriel Attal

« Il y aura des demandes d’éclaircissements », ajoute Gabriel Attal, sans préciser si ces demandes allaient être formulées auprès du Maroc, soupçonné d’avoir espionné des journalistes français. « Je ne peux pas vous faire d’annonce précise » ce lundi, mais « évidemment qu’on ne regarde pas ces sujets-là à la légère », déclare le porte-parole du gouvernement.

Gabriel Attal a également rappelé que la France n’était « pas partie prenante de ce logiciel » et que « nos techniques de renseignement sont évidemment autorisées par la loi ». Le gouvernement est « extrêmement attaché à la liberté de la presse » et « c’est très grave d’avoir des techniques qui visent à nuire à la liberté des journalistes, leur liberté d’enquêter et d’informer », insiste-t-il.