L’Algérie est confrontée, ces derniers jours, à une véritable crise due à de graves pénuries d'oxygène dans les hôpitaux. Des pénuries qui entraînent chaque jour des dizaines de décès liés au Covid-19. Selon les professionnels de la santé, les chiffres officiels du nombre de décès au quotidien annoncés par le ministère est loin de refléter la réalité macabre du terrain.

Le manque d’oxygène a achevé le système sanitaire algérien

Depuis quelques jours, on parle de pénurie d’oxygène dans les hôpitaux algériens. Des dizaines de vidéos des scènes de détresse au niveau d'hôpitaux algérien, en raison du manque d’oxygène, montrent à quel point la situation est au bord de la catastrophe. Aucune structure sanitaire, y compris les grands hôpitaux du pays, n'échappe au problème de la pénurie d’oxygène.

Ainsi, les hôpitaux algériens ne cessent d'être débordés et les praticiens sont à bout de souffle. Le manque d’oxygène a fini par achever le système sanitaire algérien, déjà tant décrié. Des dizaines de patients atteints du Covid-19 succombent chaque jour faute d’oxygène. Des décès évitables, estiment les spécialistes, d'autant plus que la majorité des patients décédés souffrent de détresse respiratoires.

La demande en oxygène importante et l’offre insuffisante

« On a beau ramener des obus d’oxygène, on a beau remplir les cuves, la demande est très importante et l’offre insuffisante », signale le pneumologue Salah Lellou, chef de service de Pneumologie à l’établissement hospitalo-universitaire d’Oran dans une déclaration au quotidien L'Humanité. Selon lui, le variant Delta atteint rapidement les voies respiratoires des personnes infectées.

« Avant, il y avait des signes qui apparaissent progressivement pour arriver à la dyspnée. Avec un traitement qu’on donnait aux malades, on leur évitait d’aller jusqu’à la détresse respiratoire. Aujourd’hui, les patients viennent d’emblée avec un besoin en oxygène. A l’entrée de l’hôpital on a des centaines de malades qui arrivent essoufflés et dyspnéiques », explique-t-il.

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Des patients atteints du Covid succombent faute d’oxygène

Face à cette situation, des patients atteints du Covid succombent faute d’oxygène. Le nombre des décès ne cessent d’augmenter chaque jour, à travers les différents hôpitaux du pays, y compris les mieux lotis. Le nombre de patients décédés est loin du bilan quotidien annoncé par le ministère de la Santé. Rien qu’au niveau de l’hôpital Mustapha Pacha d’Alger, 80 personnes sont décédées en une semaine, 18 rien que dans la soirée du 24 juillet dernier.

« Le nombre réel de malades ou de morts est plusieurs fois supérieur à ceux déclarés quotidiennement », a soutenu le professeur Rachid Belhadj, chef de service de Médecine légale au CHU Mustapha Pacha d'Alger dans un entretien accordé le 25 juillet à El Watan. « Toutes les 24 heures, nous perdons 16 ou 17 malades, parfois nous redescendons à 6 ou 7 décès. En une semaine, nous avons enregistré 80 décès », a-t-il révélé.

À l'intérieur du pays, la situation est pire

La situation est encore pire dans les hôpitaux de l'intérieur du pays. Le manque d’oxygène et parfois sa pénurie a fait que les malades atteints du Covid-19, se retrouvent carrément livrés à eux même. Les plus vulnérables finissent à la morgue en raison de l'absence d’oxygène. C'est le cas à l’hôpital de Larbaâ Nath Irathen, dans la wilaya de Tizi-Ouzou en Kabylie.

Cet EPH est débordé par le nombre important de malades du Covid-19 qui y affluent chaque jour. Le nombre de patients hospitalisés a atteint 70 ces derniers jours, selon un médecin. « Nous sommes au bord de la rupture sur tous les plans », affirme-t-il dans une déclaration à ObservAlgérie. « Au manque de lits et de personnels, voila se greffe l'épineux problème du manque d’oxygène », ajoute-t-il.

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Même si l’oxygène est disponible, la quantité est insuffisante

Selon ce médecin, le problème du manque d’oxygène a fait que les malades atteints de détresse respiratoire se retrouvent confrontés à la mort. « Même si l’oxygène est disponible, la quantité est insuffisante », ajoute-t-il. « Il faudra un grand débit et une grande quantité pour chaque malade mais malheureusement on est confronté à un manque d’oxygène. Une situation qui a fait que le nombre de mort a augmenté ces derniers jours au niveau de notre hôpital », regrette-t-il.

Cinq patients meurent en une nuit à l’hôpital de Larbaâ Nath Irtahen en Kabylie

À ce propos, l'EPH de Larbaâ Nath Irtahen a enregistré dans la nuit du 24 juillet le décès de cinq patients. « C'est un record du nombre de mort au quotidien », affirme notre interlocuteur. « Ces patients qui se trouvaient en réanimation n'ont pas pas être sauvé en raison du manque d’oxygène », déplore t-il.

Une vingtaine de morts déplorés en 24 heurs au CHU de Sétif

Dans la wilaya de Sétif,  il y a eu une vingtaine de morts en 24 heures au niveau du CHU de la la ville, dans la nuit du 24 juillet, en raison également du manque d’oxygène.

Selon un témoignage, des employés du cimetière de Sidi El Khier de la ville de Sétif, ont dû faire attendre des proches de personnes décédées, car ils avaient beaucoup de tombes à creuser. "Nous sommes allés ce matin pour creuser la tombe au cimetière de Sidi-el-Khier, les employés chargés de cette tâche nous ont dit de patienter, car ils avaient une vingtaine de tombes à creuser. C’était celles des personnes décédées vendredi au CHU de Sétif", a fait savoir un membre de la famille d’un patient décédé.

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Les pouvoirs publics promettent un approvisionnement régulier en oxygène

Devant la situation catastrophique que vit le pays en raison du manque d’oxygène, le ministère de l’Industrie a fait état, le 25 juillet, dans un communiqué, de « la réquisition de tous ses moyens pour l'approvisionnement régulier des hôpitaux en oxygène médical, au regard de la hausse de la demande ».

« Compte tenu de la hausse enregistrée des contaminations au Coronavirus entrainant une forte demande en oxygène médical au niveau des structures de santé, le ministère de l’Industrie annonce le lancement d’un action sectorielle d'urgence en vue de la réquisition de tous les moyens disponibles pour l'augmentation du niveau de production de cette matière vitale », précise la même source.

Linde Gas Algérie augmente ses capacités de production en oxygène liquide

De son côté, la société de production d'oxygène liquide Linde Gas Algérie a annoncé le 25 juillet dans un communiqué l'augmentation des quantités produites face à la hausse des cas de Covid-19 observée durant ces derniers jours. Des mesures ont été prises par la société pour « augmenter et accélérer au maximum la production et la distribution d'oxygène médial », assure la même source.

« Dans cette situation historiquement inédite, Linde Gas Algérie, en tant qu'opérateur économique, a mobilisé la plénitude de ses ressources humaines et matérielles pour répondre à la demande croissante des établissements sanitaires en oxygène médical », est-il indiqué dans le communiqué.