Dans une contribution publiée le 3 septembre dans le magazine TelQuel, l’ancien président du Rassemblement pour la culture et la démocratie Saïd Sadi est revenu sur la crise politique entre l’Algérie et le Maroc. Une crise larvée, marquée récemment par la rupture des relations diplomatiques décidée par Alger. Pour Saïd Sadi, entre l’Algérie et le Maroc, ce sera « la raison ou le naufrage ».

« Les relations diplomatiques entre l’Algérie et le Maroc viennent d’être à nouveau rompues. Réagissant au soutien d’Alger au Polisario, Rabat décide d’en appeler à la libération “du vaillant peuple kabyle”. Acteur de la revendication amazigh, je peux dire que ce n’est pas cette grossière instrumentalisation qui a dicté cette décision. Le système FLN qui manipule à l’envie la “question kabyle” sait qu’il peut aisément retourner cette manœuvre contre ses auteurs », écrit d’emblée Saïd Sadi.

« En effet, le Maroc qui revendique le Sahara occidental et qui peine à convaincre de sa politique rifaine ne peut espérer rencontrer le moindre crédit dans la défense d’une option sécessionniste en Algérie. Même l’affaire Pegasus est accessoire dans cette rupture. Par contre, la normalisation des relations israélo-marocaines isole un peu plus Alger dont les positions sur ce dossier sont congelées depuis les années 70 », ajoute-il.

Pour Saïd Sadi, l’Algérie et le Maroc font « diversion »

« Mais ces considérations ne sont que l’écume d’un conflit larvé. Souffrant de déficit démocratique, chaque régime ressasse les agressions de l’autre pour faire diversion. La guerre des sables de 1963 ou l’accusation de Rabat impliquant Alger dans les attentats commis à Marrakech en 1994 sont des récurrences de l’argumentaire algérien alors que l’expulsion massive des travailleurs en 1976, l’accueil de l’opposition au Palais royal ou l’appui apporté au Polisario demeurent les constantes du bréviaire marocain », poursuit Saïd Sadi.

Dans son analyse, le fondateur du RCD estime que « les conservateurs alaouites voient dans leur voisin de l’est un avatar de la décolonisation et il n’est pas rare d’entendre des notables souligner que dans la région, leur pays fut le seul à avoir échappé à la tutelle de la Sublime Porte. Alger n’est pas en reste. Tous les médias relaient les thèses donnant le Royaume chérifien comme la matrice d’un féodalisme atavique ».

« Ce jeu toxique » entre l’Algérie et le Maroc « doit cesser »

Pour Saïd Sadi, « ce jeu toxique doit cesser ». S’étant bien connus pendant la décolonisation, « les anciens dirigeants des deux pays savaient où commence la polémique politicienne et où doit s’arrêter l’escalade du chauvinisme », affirme-t-il.

En revanche, « les nouvelles générations risquent de construire leur conscience citoyenne sur des propagandes mortifères. L’affaire est d’autant plus délicate que nous sommes confrontés à un djihadisme qui nous menace tous. Pour s’en prémunir, la Tunisie vient de tutoyer la tentation militariste dont on la croyait préservée », estime l’auteur de l’Échec recommencé.

Saïd Sadi affirme que « la fédération des États nord-africains est le parachèvement de nos indépendances »

« Aucune de nos nations ne peut affronter seule la mondialisation. Nos ainés l’avaient pressenti. Dès avril 1958, le Destour, le FLN et l’Istiqlal postulèrent la fédération des États nord-africains comme le parachèvement naturel de nos indépendances », ajoute le docteur Sadi.

« Pour l’heure, les officiels ont failli. Il revient aux élites de réanimer la réflexion autonome pour conjurer le pire. Il est capital de voir rapidement naître une plate-forme d’information et de libre débat ouverte aux trois sociétés civiles. Puisse ce dossier en accélérer l’avènement. L’Afrique du nord, Tamazgha, a vocation à être l’exception démocratique de la région MENA. C’est le seul défi qui vaille d’être relevé », conclut Saïd Sadi.